Le bazar des notes en Angleterre

via Blue Square Thing

Ca y est, le mois de septembre est arrivé, la douce odeur des cartables et des livres neufs vient vous chatouiller les narines et l’angoisse du réveil qui sonnera tous les jours à 6h30 vous prend l’estomac. Oui, vous, car pas de rentrée pour moi cette année: l’éducation, je ne l’observerai pour le moment plus en tant qu’étudiante !

Bref, tout ça pour dire que la période est plus que propice pour faire un billet sur l’école. Je viens un peu après la bataille, mais il y a de la grosse actu éducative de l’autre côté de la Manche: pas en Ecosse (varions les plaisirs !), mais du côté sud de la frontière.

Il y a deux semaines, les jeunes Anglais attendaient tout fébriles les résultats des GCSE, l’examen qu’ils passent vers l’âge de 16 ans. C’est très différent du bac: tandis qu’en France, c’est la moyenne qu’on a qui permet de partir à la fac, en Angleterre, il faut avoir une note entre A et C dans 5 matières qu’on a choisies (les maths et l’anglais sont quasiment obligatoires, et ensuite on peut prendre tout et n’importe quoi, selon ce que l’établissement propose) pour pouvoir passer à l’étape suivante (qui est facultative) et passer les A-Levels.

GCSE Results !
Via Tretherras News

Tout s’est déroulé normalement jusqu’à ce que les résultats tombent. La douche froide: pour la première fois depuis que les GCSE existent (depuis les années 80 avec Thacther), les résultats ne sont pas en progression. Le nombre d’élèves qui réussissent leurs exams avec un A* (la meilleure note), A, B ou C a chuté d’un très modeste 0.4%. Mais dans certaines matières, dont les plus centrales comme l’anglais et les maths, la chute est plus nette: 1.5%.

On pourrait se dire: shit happens ! Le truc, c’est que cette chute est tout sauf un accident. Et forcément, les élèves, les profs, et les chefs d’établissement sont furieux.

Concrètement, qu’est-ce qui s’est passé ? Il s’est passé que le seuil de réussite de l’examen, donc la limite entre la note C et D (fail) a été sérieusement relevée. Par exemple, pour les élèves ayant passé leur GCSE d’anglais en décembre, il fallait qu’ils aient 48% pour avoir un C. Pour ceux qui l’ont passé en juin, ils devaient avoir une note de 58%. Assez spectaculaire comme changement, donc.

Plusieurs explications (moyennement crédibles à mon avis) ont été données, comme le fait qu’il y a eu de gros changements dans les modalités des examens, etc. Mais ce qui est le plus soupçonné, c’est qu’il y aurait eu des pressions de la part de Michael Gove, le ministre de l’éducation anglais, pour mettre fin à « l’inflation des notes » qu’il dénonce depuis que la coalition conservatrice et libérale est arrivée au pouvoir. Il s’en défend, bien évidemment… mais il est déjà sous le feu des critiques: les chefs d’établissement, peut-être les plus remontés dans l’affaire, exigent que les copies d’anglais soient entièrement renotées. Car voyez-vous, ils ont une obligation de résultats et s’ils échouent à avoir un pourcentage donné d’élèves qui réussissent leur GCSE d’anglais, leur école est considérée comme « failing » et pourra être fermée

Michael Gove, Ministre de l’éducation
Via educationgovuk

Pour sauver les meubles, on vient de proposer aux élèves qui ont échoué de peu de passer un rattrapage spécial en novembre, mais on imagine bien que cela ne suffira pas à calmer la fureur des uns et des autres. Aussi, toute cette affaire a réactivé le débat sur cette thèse de l’ « inflation des notes », sur la signification des notes d’examens et sur l’importance qu’on leur donne dans le système anglais. Je n’en disserterai pas dans ce billet déjà trop long, mais une chose me semble claire ici: ce n’est pas en rehaussant arbitrairement l’exigence numérique pour réussir un examen qu’on lui donnera plus de valeur…

Pour en savoir plus:

– Le dossier du Guardian

– Les commentaires du directeur de l’autorité des qualifications (vidéo)

– Les commentaires du ministre de l’éducation fantôme (vidéo)

One thought on “Le bazar des notes en Angleterre

  1. Tiens faudrait préciser que les GCSE s’appelaient auparavant les O-Levels (Ordinary Levels) et qu’ils étaient complémentaires des A-Levels (Advanced Levels). Les fans d’Harry Potter y trouveront l’explication des OWLs et des NEWTs.
    Intéressant comme histoire, je n’avais pas eu le temps de me renseigner sur le « scandale des GCSE ». J’aime bien le système qui consiste à n’avoir qu’une seule note d’échec (en Autriche, les notes vont de 1 à 5, 1 étant la meilleure, 5 étant la note d’échec : il suffit donc d’avoir un 4 voire un 4 1/2 pour passer un exam). Intéressant aussi de voir la façon dont le niveau du C a été relevé. En cours d’année ils sont sympa ces anglais XD

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.