Indépendance de l’Ecosse: topo number three

En Ecosse, on aime les particularités. Même dans ce qui devrait constituer l’unité de l’ensemble auquel elle appartient: la monnaie. La livre sterling est utilisée en Angleterre, en Ecosse, aux Pays de Galles et en Irlande du Nord, mais la tête de la Reine n’apparaît pas sur tout les billets. Voyez plutôt:

Des livres anglaises et galloises:

Twenty pound notes, par HowardLake

Et les livres en circulation en Ecosse:

Scottish Banknotes, par cowrin

C’est qu’au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre n’a pas le monopole de l’impression des billets. Sept banques supplémentaires peuvent en imprimer: quatre en Irlande du Nord, et trois en Ecosse (Bank of Scotland, Royal Bank of Scotland et Clydesdale Bank). Ces billets ont la même valeur marchande et sont, théoriquement (car tout le monde ne les reconnait pas…), acceptés sur tout le territoire.

Mais une Ecosse indépendante gardera-t-elle la même monnaie, ou décidera-t-elle de créer une livre écossaise ? Ou sinon, rejoindra-t-elle la zone euro ?

La réponse est: elle gardera la livre sterling actuelle.

Comme ça, c’est réglé, me direz-vous… Eh bien, détrompez-vous.

L’Ecosse a beau avoir trois banques qui impriment des billets bien écossais, le fait est que c’est la Banque d’Angleterre qui a le monopole sur la politique monétaire britannique. C’est elle qui, par exemple, décide des taux d’intérêts. Les trois banques écossaises citées plus haut ne sont en fait que des banques commerciales.

Que disent les deux intéressés sur cette question, à savoir George Osborne, le Chancelier de l’Échiquier, et Alex Salmond, le First Minister ? Alex Salmond, lors d’un séance de First Minister Questions en juin, a déclaré que la situation pour l’Ecosse ne pouvait pas être pire que maintenant: elle n’a pas son mot à dire sur la politique monétaire de la Banque d’Angleterre. Il imagine donc un futur où il y aurait une union monétaire avec une Ecosse qui aurait le même poids décisionnel que l’Angleterre. George Osborne a cependant une position très sceptique et demande simplement comment une telle union monétaire fonctionnerait. Pourquoi l’Angleterre laisserait-elle un siège à l’Ecosse, alors qu’elle pourrait continuer à décider d’une politique qui avantagerait le côté sud de la frontière ? Et qui dit qu’une Banque d’Ecosse souveraine jouirait de taux d’intérêts aussi avantageux que la Banque d’Angleterre ? Quant à Alistair Darling, un député travailliste écossais et fer de lance dans la campagne Better Together, il va encore plus loin en disant que le reste du Royaume-Uni (donc l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord) aura tous les droits de refuser que l’Ecosse continue à utiliser la livre sterling: car dès lors qu’un pays veut rejoindre une union monétaire, il faut organiser un référendum dans ceux qui y sont déjà.

Bank of England, par James Stringer

Donc, on résume: dans la tête d’Alex Salmond, l’indépendance de l’Ecosse serait politique, fiscale, mais pas monétaire. A mettre en place, c’est très compliqué, certains disent même carrément pas souhaitable.

Comme le dit très bien cette courte analyse publiée dans le Scotsman l’année dernière, il y a « quatre solutions, et aucune n’est évidente« . Quoi qu’il en soit, les questions économiques, fiscales et monétaires vont être décisives dans le choix des Ecossais. Si l’indépendance leur garantissait un enrichissement de £500 (620€), ils voteraient pour à 65%. Par contre, si elle devait les appauvrir d’autant, ils ne seraient plus que 21%… (source BBC News)

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