Elections locales en Angleterre: l’incroyable poussée des eurosceptiques

Nigel Farage, le leader du parti anti-UE UKIP, a sorti son plus beau sourire de chat de Cheshire aujourd’hui: et pour cause, les électeurs anglais lui ont offert 139 nouveaux sièges dans les conseils locaux – alors que UKIP n’en possédait que 8 aux dernières élections en 2009. Who’s laughing now ?

Cheshire Cat by thethreesisters (licence CC)

Les anglais et une partie des gallois ont été appelés aux urnes hier pour élire les conseillers dans leurs comtés. Des élections similaires avaient déjà eu lieu l’an passé en Ecosse et dans quelques parties de l’Angleterre. Les résultats sont tombés au compte-goutte aujourd’hui, car vous savez comment marchent les scrutins de l’autre côté de la Manche (non ? attendez, ça vient): le système de first past the post, autrement dit le candidat avec le plus de voix gagne, fait qu’il faut attendre longtemps pour avoir des résultats à peu près fiables. Et dans ce cas, ils sont très clairs: les conservateurs ont perdu pas mal de sang dans la bataille, les libéraux-démocrates aussi (mais ça commençait à devenir une habitude), tandis que les travaillistes font une performance honorable et les eurosceptiques peuvent festoyer allègrement jusqu’en 2015, année des prochaines législatives.

En clair, cela donne: 18 conseils à majorité Tory, tandis que le Labour leur en prend 2 pour obtenir le contrôle de 3 conseils. Les conseils restants verront une coalition se former car aucune majorité n’a pu se dégager: 9 seront des coalitions à majorité Tory et un à majorité travailliste. Les conservateurs perdent au total 335 sièges alors que les travaillistes en gagnent 291.

Les Lib Dems et Verts n’ont eux la main sur aucun conseil. En terme de différence de sièges depuis 2009, les partisans de Nick Clegg perdent 124 sièges et passent à 352 conseillers, tandis que le Green Party passe du 17 à 22 conseillers.

Quant à UKIP, ils ne gagnent aucun conseil mais grimpent à 147 sièges, juste derrière les indépendants qui en ont 165 (24 de plus que la dernière fois).

Militants UKIP, par Jennifer Jane Mills (licence CC)

Et si la réussite n’était pas encore assez nette, les résultats de la législative partielle dans l’ancienne circonscription de David Miliband, South Shields (nord de l’Angleterre) étaient assez bons pour le parti de Farage: la travailliste Emma Lewell-Buck gagne certes avec un peu plus de 50% des voix, mais les conservateurs et les libéraux ont été submergés par les fruitcakes, qui arrive en deuxième position.

Tous les résultats ne sont pas tombés, on attend encore ceux de deux conseils. On peut suivre les derniers résultats ainsi que les toutes les réactions sur le live blog d’Andrew Sparrow sur le site de Guardian. Les différentes (et très nombreuses) analyses y sont aussi pas mal répertoriées: UKIP est-il un parti d’adhésion ou de protestation (tiens donc, ça m’est familier cette question !) ? Les conservateurs n’ont-ils pas provoqués leur propre chute en durcissant leur ton sur l’Europe ? Les travaillistes ne devraient-ils pas un peu se secouer parce qu’ils n’ont pas provoqué grand enthousiasme chez les électeurs ?

Allez, on en discute dans les commentaires !

 

Pour aller plus loin: la carte des résultats – 2009 et 2013 côte-à-côte (Guardian) et les chiffres de la BBC.

2 thoughts on “Elections locales en Angleterre: l’incroyable poussée des eurosceptiques

  1. S’agit-il d’une défaite raisonnable des tories inféodée à la déception habituelle du pouvoir, ou bien, une réelle performance des travaillistes qui a su susciter l’espoir ?
    Plutôt inquiétant la poussée des eurosceptiques, pas trop inquiète de l’issue du prochain référendum sur l’UE ?

    1. (Raaah mon commentaire n’est pas passé sur mobile ! Bon. On refait.)
      Pour les Tories, deux causes: 1- oui, clairement les gens en ont marre de leur politique ultra-austère. 2- Le premier ministre Cameron, en tentant de satisfaire et les eurosceptiques de son parti et les pro-UE a chassé sur les terres de UKIP mais sans avoir de crédibilité: quand on veut sortir de l’UE, autant voter pour celui qui dit clairement qu’il y aura un référendum in or out plutôt que celui qui nage entre deux eaux, non ?
      Et de l’autre côté, non, on ne peut pas dire que ce soit une victoire des travaillistes. Avec seulement 29% des suffrages alors que c’est le premier parti d’opposition, ce n’est pas un échec, mais une victoire tiédasse. Et ils en sont conscients… Le truc, c’est que les gens n’aiment pas trop les conservateurs, mais ils ne voient pas les travaillistes en l’état au pouvoir. C’est un peu l’impasse… Le troisième parti, les libéraux-démocrates, sont en miettes, et maintenant le quatrième, UKIP, a une bien grande bouche sur l’UE et l’immigration, mais finalement, qu’est-ce qu’ils proposent en dur…

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