Indépendance de l’Ecosse: topo number four

L’abysse, le vide vertigineux, le trou béant: c’est l’état des retraites que promettent les unionistes aux Écossais qui seraient tentés, à l’automne prochain, de dire oui à l’indépendance.

Depuis quelques semaines, le débat fait rage. Une fois n’est pas coutume: contrairement à la santé, à l’éducation et aux transports, le système de retraites est commun à tout le Royaume-Uni. Les indépendantistes se voient alors dans l’obligation de répondre à une question embarrassante: comment une Écosse indépendante arriverait-elle à assurer la pérennité des retraites ?

Relax: the pensioners at the park, by Anna Szozda (CC)

Mais tout d’abord: comment ça marche, de l’autre côté de la Manche ?

Autant le dire tout de suite: c’est compliqué, très compliqué même, et on ne compte plus les documents officiels et les articles de presse qui essaient de rendre intelligible l’un des pires systèmes de retraite d’Europe.

Le système britannique est en trois parties (mais il est en train d’être réformé, on y reviendra).

Dans un premier temps, il y a la basic State Pension, la retraite de base. Quasiment tous les salariés y cotisent puisqu’il faut gagner au moins 5600 livres (6500 euros) par an environ. La pension atteint grand maximum la modique somme de 110 livres (127 euros) par semaine… si l’on a cotisé assez longtemps (autour de 40 ans). Cependant, on a le droit à un petit revenu quand on a cotisé au moins 10 ans.

Au dessus du système de base, il y a l’ Additional State Pension, la retraite complémentaire. C’est un petit bonus que l’on reçoit, et qui dépend de combien de temps et à quelle hauteur on a cotisé à la Sécurité Sociale. La grande différence avec le premier tiers est que tout le monde n’a pas le droit à ce bonus: les auto-entrepreneurs, les chômeurs, ceux qui sont en formation et ceux qui touchent moins de 5600 livres par an ne peuvent pas cotiser. Deuxième grande différence: vous pouvez décider, à vos risques et périls, de ne pas cotiser à ce second tiers.

John puts in £40, his employer puts in £30, the government adds £10 tax relief

En dernier, il y a les Worplace pensions, le plan retraite que propose l’employeur. Pour pouvoir cotiser, il faut gagner au moins 9440 livres (10900 euros) par an. Une partie du salaire sera prélevée pour le plan retraite, auquel l’employeur versera la plupart du temps en petite participation, ainsi que l’Etat sous forme de crédit d’impôt. Pour y voir plus clair:

Voilà pour le fonctionnement actuel. Mais d’ici à 2016, le système de retraite ne devrait plus être organisé de la même manière. Bien déterminé à clarifier un peu les choses, le gouvernement de David Cameron a décidé de faire du rangement et de réformer le système en profondeur. Les principaux changements seront que l’âge légal de départ à la retraite reculera à 66 ans en 2020 puis 67 ans à l’horizon 2028, et les deux parties du système qui dépendent entièrement de l’État (Basic State Pension et Additional State Pension) seront uniformisées. A partir de 2016, tous les nouveaux retraités qui auront cotisé pendant 35 ans toucheront 144 livres (167 euros) par semaine, indépendamment de ce qu’ils ont gagné pendant leur vie active.

Nearly there ! Par Alastair Ross (CC)
Le Premier ministre écossais Alex Salmond en visite à l’Université de Glasgow

Alors – je vous vois venir -, et l’Écosse dans tout ça ? La question qu’on pose aux indépendantistes est autant économique que technique. Comment garantir le même niveau de pensions aux retraités, et surtout, l’Écosse aura-t-elle un système de retraite tout prêt et fonctionnel si elle devient indépendante ? Si l’on en croit le rapport délivré par le Parlement écossais, la réponse est que c’est très peu probable… et que mettre en place une organisation serait tellement complexe qu’il y a de grandes chances pour que les retraités ne touchent pas leurs pensions. Le gouvernement SNP tente tant bien que mal de rassurer les électeurs en leur disant que leurs retraites sont entre de bonnes mains et promettent une triple garantie pour qu’elles restent à un niveau convenable (si l’on considère que le niveau actuel est convenable…): les pensions augmenteront suivant le taux le plus haut entre l’inflation, l’augmentation moyenne des salaires ou à défaut de 2.5%.

Je sais que ce billet vous a fasciné. Pour en savoir plus, jetez donc un oeil aux explications du gouvernement, étonnamment claires, d’ailleurs.

One thought on “Indépendance de l’Ecosse: topo number four

  1. Bah ça me paraît simple (enfin dans la théorie), il faut que le R-U reverse à l’Écosse la part qui lui reviendrait, et que l’Écosse en profite pour mettre en place un système qui réintégrera les sommes en question. Bon évidemment c’est plus facile à dire qu’à faire, mais on me fera pas croire que ce n’est pas faisable ^^

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