Indépendance de l’Ecosse: le 29ème Etat membre de l’UE ?

Now this is a new low.

Trois mois sans écrire un seul billet, c’est honteux, et pourtant ce ne sont pas les sujets qui manquent. On aurait pu se demander ce que deviendrait l’Union Jack si l’Ecosse quittait le Royaume-Uni, ou encore quel poids de la dette l’Ecosse garderait si elle décidait de bifurquer vers l’indépendance… Mais ne vivant pas de mes rentes, il faut bien que je subsiste en me levant à des heures impossibles pour gagner un salaire bien mérité et bien dépensé en gâteaux. La vie active change beaucoup de choses, mais vous voyez, l’essentiel reste.

Driving in Scotland after 2014
Driving in Scotland after 2014

Alors aujourd’hui on va parler rapidement d’un sujet qui tourne depuis un bon moment déjà. On l’avait un peu évoqué lors du dernier billet, mais la question ressort pas mal ces derniers jours: c’est celle de l’adhésion ou non de l’Ecosse à l’Union Européenne si elle vote oui le 18 septembre prochain. Le pays serait-il obligé de demander à être intégré dans l’UE, ou serait-il considéré comme étant d’ores et déjà un Etat-membre, car le Royaume-Uni l’est (pour le moment) ?

Il y a autant de réponses que de personnes qui veulent bien s’exprimer sur le sujet. On entend moins les responsables du SNP, le parti indépendantiste, dire que l’Ecosse serait juste un pays de plus dans l’UE, sans avoir à signer quelque papier que ce soit. Mais Alex Salmond, le Premier ministre, défend dans le White Paper pour l’indépendance l’idée selon laquelle l’Ecosse ne serait pas dans la même situation qu’un pays extérieur qui voudrait intégrer l’UE: après tout, le Royaume-Uni fait partie de l’Union Européenne depuis 1973.

Mais tout le monde semble s’être ligué contre les indépendantistes. Les trois autres grands partis, travaillistes, libéraux-démocrates et conservateurs, émettent des doutes sur le fait que l’Ecosse puisse rester comme si de rien n’était. Dans l’Union Européenne, il a fallu attendre plusieurs mois avant que les premières réactions se fassent entendre. Et un beau jour, en parlant de la Catalogne qui est dans le même cas de figure:

« If a part of the territory of a member state ceases to be a part of that state because that territory becomes a new independent state, the treaties will no longer apply to that territory.

In other words, a new independent state would, by the fact of its independence, become a third country with respect to the Union and the treaties would, from the day of its independence, not apply any more on its territory. »

Et voilà la thèse des indépendantistes torpillée par Herman Van Rompuy himself, que l’on sait pas très emballé par l’idée de séparatisme en général.

Dernièrement, ce sont William Hague et Danny Alexander, respectivement Ministre des Affaires étrangères et Secrétaire général au Trésor, qui ont enfoncé le clou: non seulement l’adhésion de l’Ecosse ne serait pas automatique, mais il faudrait que les 28 autres pays-membres soient d’accord pour l’intégrer. Et surtout, l’Ecosse perdrait pas mal d’argent dans l’affaire: 4,5 milliards d’euros d’ici à 2020 si l’Ecosse quittait le Royaume-Uni, et donc l’UE.

Parliament Square, Edimbourg
Parliament Square, Edimbourg

(Maintenant je ne sais pas vous, mais ça me fait doucement sourire quand un conservateur va défendre l’Union Européenne à Edimbourg et soutenir un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE à Londres… Mais passons.)

Le 18 septembre 2014, les Ecossais ne voteront donc pas que sur la sortie ou non de l’Ecosse du Royaume-Uni, mais aussi sur son maintien dans l’Union Européenne. On peut aborder la question par plusieurs angles: faut-il prendre le gros risque de sortir tout de suite de l’UE en votant oui, ou faut-il prendre le risque d’en sortir plus tard en votant non, donc en acceptant que la sortie du Royaume-Uni de l’UE puisse être plébiscitée par une grande majorité des Britanniques, si Cameron organise un in/out referendum dans les prochaines années ? Difficile de trancher pour l’Ecosse, qui est de loin la partie du Royaume-Uni la plus europhile – ou plutôt, calmons notre enthousiasme, qui a le moins l’Europe en horreur.

Pour aller plus loin, vous pouvez branchez vos écoutilles sur Du Grain à moudre sur France Culture, qui a consacré une émission pile sur le sujet.

One thought on “Indépendance de l’Ecosse: le 29ème Etat membre de l’UE ?

  1. Je serais curieux de savoir comment l’UE traiterait dans la pratique un tel cas. Parce que l’Écosse indépendante respecterait de fait tous les critères et législations en vigueur dans l’UE. Quoi qu’en dise Van Rompuy, il n’y a aucune procédure prévue pour un tel cas… Comme il n’y a aucune procédure de sortie.

    Autre cas intéressant dans l’UE : le cas de Chypre et de la « République turque de Chypre Nord » dont personne ne reconnaît l’existence mais qui pourtant demeure hors de l’UE.

    Bref finalement la réponse vient dès le début… On en n’a aucune idée !

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