J’ai pris le thé avec des indépendantistes

L’Ecosse, c’est un peu le paradis du foodie. Edimbourg est la ville du Royaume-Uni qui compte le plus de pubs et restaurants par personne: c’est mi euphorisant, mi angoissant. Donc, pour vous aider et parce que je vous aime bien, vous pouvez maintenant checker la section Bonnes Adresses tout en haut du blog s’il vous prend l’envie d’organiser vos futures agapes dans le nord.

Glasgow n’est pas en reste: avec une population qui porte de plus en plus la barbe, la moustache et la chemise à carreaux, on trouve de quoi satisfaire ses instincts hipsters.

par og2t // ou gee tew tee
par og2t // ou gee tew tee

C’est dans un de ces endroits que j’ai rencontré Alan Bissett, l’ambassadeur culturel du National Collective, pour discuter de l’indépendance, des artistes et du nationalisme écossais. Par esprit de contradiction et de provocation, j’ai poussé le vice jusqu’à commander une tasse d’Earl Grey… Plus britannique, tu meurs.

Je trouve la partie la plus intéressante est la toute dernière, où il explique comment il est devenu pro-indépendance. « On a tout essayé, et notre seul espoir, c’est qu’on soit indépendant ». C’est un argument qui est revenu assez souvent chez les gens qui j’ai écoutés, et notamment avec Lesley Riddoch (je l’ai évoquée dans un article précédent), que j’ai retrouvée le soir même à Edimbourg sur le Royal Mile pour boire le thé du soir. Avec elle, on a plus eu l’occasion d’aborder les aspects plus politiques de l’indépendance. One last push: trop, c’est trop, et maintenant il faut avoir le courage de faire la route seuls.

Dans le cinquième extrait, elle explique que la stratégie qui consiste à menacer les électeurs (comme l’a fait George Osborne, le chancellier de l’échiquier, en affirmant qu’une Ecosse indépendante ne pourrait pas continuer à utiliser la livre sterling) n’aura fait que détourner les gens du camp des unionistes. Depuis, les tribunes s’enchaînent pour dire que la stratégie de la peur (certains dans la campagne Better Together l’appellerait même Project Fear – #ambiance) est absolument contre-productive. Pour preuve: le dernier sondage sorti ce weekend sur les intentions de vote des Ecossais montre un niveau de soutien pour l’indépendance jamais atteint. En fait, la victoire du oui ne serait l’affaire que de deux points.

Ca commence à devenir très, très intéressant.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à jeter un oeil à l’article que j’ai écrit pour l’occasion sur le site de RFI !

4 thoughts on “J’ai pris le thé avec des indépendantistes

  1. Osborne est un imbécile fini, rien d’étonnant à ce qu’il adopte ce genre d’attitude totalement contreproductive. C’est un peu comme quand les jeunes ont commencé à s’inquiéter du CPE, de la période d’essai de deux ans, etc, et que Villepin leur a répondu en substance « de toutes façon vous êtes trop jeunes et cons pour savoir ce qui est bien pour vous ».

    Dans les dents.

    Pour autant, le SNP joue un peu les bisounours sur deux questions clés, il me semble : la monnaie et l’union européenne. La monnaie est un vrai problème, que l’Écosse obtienne le droit ou non d’utiliser la livre sterling, ou bien l’utilise unilatéralement (un peu à la monténégrine avec l’euro), ça peut avoir des répercussions importantes à bien des niveaux. Autant pour l’union européenne, je crois que ça pourrait être très intéressant puisque la Commission a indiqué que rien ne serait automatique — mais l’Écosse applique déjà toutes les dispositions nécessaires à l’adhésion, et pour cause. Le principal danger serait un véto à sa demande d’adhésion… véto qui pourrait être brandi par le reste du R.-U.… sauf que comme le reste du R.-U. veut organiser un référendum sur la sortie de l’UE, je me demande bien comment ils se tireraient de ce paradoxe. Rien que pour ça, ça peut valoir le coup 😀

    1. Very apt remarks as ever 🙂 Tu sais, j’ai aussi rencontré une députée qui m’a dit qu’en fait, il y avait autant d’inconnues pour le oui que pour le non. Si tu votes non, tu ne sais pas si tu vas vraiment avoir plus de pouvoir pour le parlement écossais comme l’a promis Cameron, ou si Londres va dire allez, ils ont choisi de rester, ils vont voir ce qu’ils vont voir, ou si les choses vont rester telles quelles. Si tu votes oui, tu ne sais pas si effectivement tu vas pouvoir rester membre de l’UE, si tu vas pouvoir utiliser la monnaie, si tu vas avoir telle ou telle partie de la dette. Par contre, ce que tu sais, c’est que l’Ecosse sera prête à négocier. Est-ce que c’est dans l’intérêt de Londres de faire preuve de mauvaise volonté ? Pourquoi est-ce qu’il le ferait ?
      Et quand tu y réfléchis bien, qu’est-ce qui se passerait si les unionistes disaient: bon écoutez, on vous aime, restez, mais si vous voulez partir, on vous aidera pour que ça se passe bien ? Tout le monde signera, parce que finalement, ce que les unionistes proposent, ce n’est pas radical.
      Donc moi je suis persuadée que tout ça, c’est surtout pour faire peur, et que oui, par la force des choses, on ne peut pas savoir ce qui va se passer dans le futur et qu’il va y avoir des difficultés… Mais ce n’est pas comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes dans le Royaume-Uni. 😉

  2. Alan Bisset ça ne serait pas l’auteur du (très bon) Pack Men, sur le hooliganisme au football ? Chouette de l’avoir rencontré ! Et qu’est-ce que tu penses de ton côté des résultats en septembre ? Le oui a encore une chance ? 🙂

    1. Himself!
      Les 3-4 prochains mois vont être les plus importants, donc j’ai envie de dire que ça va être très très intéressant et que rien n’est joué, malgré ce que disent les sondages. Ces derniers temps j’ai entendu parler de pas mal de gens qui pensaient voter non, et en s’informant, en écoutant un peu ce qui se disaient, se sont dit que l’indépendance n’était finalement pas une si mauvaise idée. 🙂

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