Indépendance de l’Ecosse: J-27

Ca y est, on commence à voir le bout du tunnel! Après une campagne incroyablement longue (une bonne année et demi), les premiers bulletins de vote sont arrivés dans les boîtes aux lettres de ceux qui votent par voie postale. En vrai, ça a cette tête:

Pour les autres, il faudra attendre jusqu’au 18 septembre pour donner son avis. Cela laisse le temps de se faire une opinion pour les indécis, comme cette dame qui ne sait pas trop quelle case cocher.

C’est un vrai clip de campagne de Better Together (la campagne des unionistes), qui a immédiatement été parodié par les indépendantistes.

A moins d’un mois du référendum, on devient donc extrêmement sérieux. Mais avant de déblayer (voir redéblayer) les grands enjeux du vote, passons rapidement en revue ce qui a animé le débat cet été.

1- La monnaie

Pound coins
Pound coins par hitthatswitch

J’ai fait il y a quelques temps un billet sur la question de la livre sterling, où il apparaissait déjà que rien ne serait évident. Une Ecosse indépendante pourrait-elle garder la même monnaie? Bien évidemment, disent les supporters du Oui, car la livre sterling appartient autant à l’Ecosse qu’à l’Angleterre, et puis c’est quand même ce qu’il y a de plus simple. Mais pour cela, il faut que le lendemain d’un vote pour l’indépendance, l’Ecosse négocie avec l’Angleterre qui devra tenir compte des intérêts de Londres, et qui pourrait tout à fait décider de ne pas conclure une union monétaire officielle, ce qui pourrait faire perdre quelques plumes à l’économie écossaise. Dans ce cas-là, what’s your plan B?, martèlent les unionistes. Ce à quoi les indépendantistes répondent: si on devient indépendant, ferez-vous vraiment tout votre possible pour bloquer cette union monétaire qui serait dans l’intérêt de l’Ecosse?

2- La NHS

Save Our NHS, par 38 Degrees
Save Our NHS, par 38 Degrees

Un autre sujet qui mérite un long article, tellement il tient à coeur aux Britanniques et aux Ecossais en particulier. Depuis que la coalition libérale et conservatrice est au pouvoir à Londres, le service public de la santé a pris un bon coup de froid. Très enclin à en faire baisser le poids sur les finances publiques, Cameron a encouragé les partenaires privés à venir sur le marché de la santé. Quel est le rapport avec le référendum sur l’indépendance? Aucun, diront les travaillistes, qui dénoncent une privatisation sous gravillons en Angleterre, mais qui soulignent que l’Ecosse a son propre système de santé, avec un budget déjà indépendant géré d’Edimbourg, donc. Pour les indépendantistes, ce n’est pas aussi simple: si le budget de la santé est recalculé à la baisse pour l’Angleterre, alors il le sera pour tout le Royaume-Uni, et l’Ecosse devra faire avec un budget plus bas alors qu’elle a choisi de ne pas suivre la même route. La seule manière de protéger la NHS serait alors de voter pour l’indépendance… On remarquera qu’à son tour, la campagne du oui aura piqué à ses adversaires la bonne vieille technique de la peur pour faire réagir les électeurs: restez dans l’Union, et il se pourrait bien que vous ayez moins de sous pour payer vos soins pour vos artères bouchées par trop de deep-fried junk food.

3- La défense

Trident, par UK Ministry of Defense
Trident, par UK Ministry of Defense

Il y a quelques mois, un think-tank britannique prévenait l’Ecosse qu’en cas d’indépendance, elle deviendrait peut-être un nid à terroristes qui ambitionneraient d’attaquer le Royaume-Uni, car elle n’aurait pas l’expertise des services secrets britanniques ni la capacité de se défendre aussi bien que si elle restait dans l’Union. Cet argument n’est pas celui qui est le plus utilisé contre l’indépendance, mais une chose est certaine: dans l’ouest de l’Ecosse, il est entendu. A Glasgow en particulier, des milliers emplois dépendent de l’industrie militaire, et ce sont autant d’employés qui craignent pour leur avenir si jamais l’Ecosse fait route à part, et qui sont plus susceptibles de voter pour rester dans l’Union. De l’autre côté, il y a la question de l’arme nucléaire, Trident, qui baigne au fond des eaux de la rivière Clyde, dans une base militaire à une quarantaine de kilomètres de Glasgow, dont la majorité des Ecossais ne veulent pas. L’argument principal: la somme colossale que nous dépensons dans Trident pourrait être mieux utilisée, par exemple dans la santé, l’enseignement supérieur… Le problème est que si l’Ecosse ne veut plus de Trident, il sera très difficile de le déplacer: cela prendre des années et coûtera des milliards de livres sterling.

4- La dévolution

Les fenêtres du Parlement écossais, par Tom Parnell
Les fenêtres du Parlement écossais, par Tom Parnell

Les trois partis qui font campagne pour le Non (Labour, Tories et Lib-Dems) ont promis que si l’Ecosse restait dans le Royaume-Uni, Edimbourg aurait plus de pouvoirs: le beurre et l’argent du beurre, où l’Ecosse profiterait de son maintien dans une puissance internationale tout en gérant ses affaires bien au chaud à la maison. Ca tombe bien, c’est ce que la majorité des Ecossais voudraient. Problème numéro 1: ce n’est pas une option proposée sur le bulletin de vote. Problème numéro 2: en fait, aucun parti n’a dit clairement ce que l’Ecosse obtiendrait de plus. Beaucoup de commentateurs qualifient le choix du référendum d’inacceptable, car on leur propose soit un faux statu quo, soit une sécession pure et simple. Ian MacWhirter, journaliste au Sunday Herald et auteur de Road to Referendum (dont je vous conseille la lecture, c’est un pavé très instructif), dit qu’il votera oui car l’indépendance telle qu’elle est proposée aujourd’hui ressemble plus à une dévolution maximale qu’à une sécession. De son côté, l’ancien Premier ministre écossais Henry McLeish dit toujours qu’il votera contre l’indépendance, mais plus on avance vers la date du référendum, plus il semble faire un pas de plus vers un coming-out pour l’indépendance. Il dit qu’en cas d’indépendance, il y aura forcément un changement, puisqu’il aura été décidé par les Ecossais. Dans le cas d’un vote pour le non, c’est Londres qui devra décider si elle accorde plus de pouvoir à Edimbourg, et même si finalement, elle lui laisse moins de marges de manoeuvre.

J’ai laissé de côté de nombreux autres sujets comme l’Europe, les médias, l’éducation, qui seront évoqués (c’est promis!) dans un prochain billet. En attendant, je vous laisse entre de bonnes mains!

3 thoughts on “Indépendance de l’Ecosse: J-27

  1. Pour ma culture générale, le sujet m’intéresse bien. Mais d’un autre côté en analysant un peu ce débat, je crois que les « oui » vont remporter la victoire. Et l’Ecosse sera indépendant.

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