Indépendance de l’Ecosse: les rois du pétrole (et du renouvelable, peut-être), part ONE

Si vous n’avez jamais mis les pieds en Ecosse et que vous ne devenez retenir qu’une seule chose à propos du temps, c’est la chose suivante: votre parapluie y laissera sa peau. Si vous sortez par temps de vent avec votre petite ombrelle pliable, vous serez grillés comme des touristes. Parce qu’en Ecosse, ça souffle un petit peu.

Certes, ce satané vent ruine parapluies, coiffures et poumons délicats, mais il fait tourner sur terre et en mer. L’Ecosse peut potentiellement devenir l’Arabie Saoudite des énergies renouvelables tellement elle gâtée par les dieux: un très gros potentiel pour l’éolien, l’hydro-électrique, l’énergie des marées et des vagues. Il y a de quoi, théoriquement, devenir auto-suffisant et même en vendre partout en Europe.

Si on écoute les indépendantistes, c’est à portée de main: il suffit de voter oui le 18 septembre et une Ecosse indépendante le réalisera. Pour les unionistes, ce n’est pas dans les moyens de l’Ecosse seule, car pour rendre ces énergies viables, il faudra beaucoup de recherches et de subventions que seule l’Union peut porter.

Ce matin, j’en ai discuté avec Patrice Geoffron, le directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP) de l’Université Paris Dauphine.

Quand on parle du potentiel de l’Ecosse en renouvelable, on parle de quoi exactement?

Les circonstances font qu’il y a le potentiel de vent qui est le plus élevé et le plus régulier d’Europe, en offshore et onshore. Par ailleurs, il y a des perspectives liées à l’utilisation de la marée et de la houle. Ce potentiel relève du don du ciel! Tout cela se combine avec une vision politique du début des années 2000 qui fait que l’Ecosse, plus tôt qu’ailleurs en Europe, s’est dotée d’un certain nombre d’outils, notamment des obligations pour les opérateurs électriques en matière de prouction de renouvelable, de telle manière que leur perspective est d’être à 30% de production à partir de renouvelable en 2020. En moyenne européenne, on est à 20%, et en France à 23%. Tout ça ne résout pas tous les problèmes de l’Ecosse, car produire plus de renouvelable qu’on en consomme ne veut pas dire qu’on est autonome à tout moment. Tout cela renvoie au problème de l’interconnexion de l’Ecosse avec le reste de la Grande-Bretagne. A terme, il y a un très beau potentiel en matière de production et de capacité d’exportation, mais aussi en matière industrielle car l’Ecosse est en train de devenir pionière en Europe dans ce domaine.

Parc éolien de Whitelee, le plus grand du Royaume-Uni (Wikipedia)

Est-ce que l’Ecosse aurait les moyens de réaliser ce potentiel?

Il y aura des difficultés en terme de valorisation de ce potentiel. D’autres pays en Europe ont une politique volontariste, notamment l’Allemagne, et ils commencent à se heurter aux difficultés de ce type de politique qui est que lorsqu’on se repose sur une énergie très intermittente, cela pose des problèmes de stabilisation du réseau. On ne sait pas stocker une énergie qui est excédentaire à un moment et déficitaire à d’autres, donc on se retrouve avec un système qui est difficile à gérer. Par ailleurs, se posent des problèmes de capacité de financement, car au final tout ça doit se traduire dans le tarif de l’électricité. Dans un premier temps au moins on est conduit à subventionner une énergie qui coûte plus cher que de produire au gaz ou au charbon, ou même au nucléaire. Cela suppose que collectivement, on ait la capacité de la financer. C’est le cas par exemple de l’éolien offshore, une électricité qui, produite à l’unité, coûte deux à trois fois plus cher. Cela pèse sur la collectivité jusqu’à ce que ces capacités soient à maturité. C’est le cas plus encore pour l’énergie marémotrice qui est encore moins à maturité. Parmi tout ce dont on parle, ce qui est le plus à maturité est l’éolien onshore (donc sur terre), mais pour le reste c’est effectivement plus couteux.

L’Ecosse ne pourrait-elle pas vendre cette électricité partout en Europe?

D’un côté, dans le cadre d’une politique commune dans la Grande-Bretagne, qui a fait le choix de mettre le renouvelable en Ecosse et le nucléaire ailleurs, fait sens. Mais s’il s’agit d’y avoir une politique spécifique à l’Ecosse et de viser le reste de l’Europe on va se trouver avec un pb d’interconnexion avec le reste de continent. Il y a certes des projets de supergrids, de super réseaux de transports dans la mer du Nord, qui pourrait être commun aux pays Scandinaves et qui rejoindrait le plateau continental. Mais ce n’est encore qu’un projet qui va demander bcp d efinancement. On n’aura les idées claires que vers 2020 et pas avant. Par rapport aux perspectives écossaises qui sont de se lancer très vite et très fort, cela risque de démarrer plus vite et plus fort que les capacités de transport. L’autre difficulté est que dans les plans de financenement il faut avoir une idée du prix auquel on va vendre cette électricité renouvelable, et là on n’a pas une idée très précise. Sur les marchés où il sera possible de vendre cette électricité, il y aura la concurrence de l’électricité allemande, qui aura aussi développé des capacités extraordinaires. C’est un pari visionnaire s’il est réussi, mais très risqué.

Est-ce que ce n’est pas l’Angleterre qui devrait se faire du souci si l’Ecosse devient indépendante, quand on sait que l’Ecosse produit un tiers du renouvelable britannique et que l’UE a fixé des objectifs contraignants?

On va se retrouver avec un problème plutôt institutionnel qu’énergétique, c’est-à-dire que si les frontières internes à l’Union devaient se déplacer, il faudra en tenir compte dans le réaménagement des objectifs. Ce qui est intéressant avec l’Ecosse, c’est qu’on est en train de s’apercevoir que du soleil, du vent, des marées, il n’y en a pas partout. Il est important à l’avenir, dans l’aménagement des objectifs à l’horizon 2030 en terme de développement des renouvelables, de tenir compte de ces spécialisations. On pourrait se retrouver en Europe avec des régions très spécialisées en matière de renouvelable car les circonstances locales s’y prêteront, et d’autres qui le seront moins. Ce sera probablement le cas dans l’est de l’Europe. Ce qui est important c’est qu’on arrive à tenir nos objectifs au niveau de l’Union.

4 thoughts on “Indépendance de l’Ecosse: les rois du pétrole (et du renouvelable, peut-être), part ONE

  1. « on est en train de s’apercevoir que du soleil, du vent, des marées, il n’y en a pas partout. » juste ! ça me fait penser à la blague sur les énarques qui tentent de trouver une parade à la chute des cours du veau. Il serait quand même temps !

    Très intéressant sinon, on ne pense que rarement à ces aspects quand on considère l’indépendance potentielle de l’Écosse de notre point de vue de non spécialistes…

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