Coup de chaud sur l’Ecosse

Après une bonne nuit de sommeil, deux tasses de thé et de la vitamine C en intraveineuse, me voilà en état d’écrire quelques lignes post-référendum. La nuit électorale a été très longue, et le lendemain du scrutin a été riche en émotions.

Je l’avoue, j’ai triché: ce n’était pas de vraie nuit électorale pour moi. Je me suis réveillée toutes les demi-heures pour voir les résultats des 32 régions écossaises tomber les uns après les autres, car non, passer une nuit blanche ne fait pas partie de mes compétente, et oui, le référendum me passionne à ce point.

Et à 7h du matin, après une dizaine de sonneries de réveil, le verdict.

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L’Écosse a dit non: 1,617,989 pour le oui et 2,001,926 pour le non.

J’aurais parié entre 4 et 6 points d’écart entre le oui et le non, avec une victoire du non. Faire des pronostics n’est pas non plus à lister dans mes compétences.

Maintenant que l’Écosse s’est majoritairement prononcée pour le maintien de l’Union, est-ce que c’est la fin de la folie, comme beaucoup l’espéraient à Westminster? Certainement pas. Le Royaume-Uni est parti pour se réformer en profondeur: plus de pouvoirs pour l’Écosse, mais aussi pour le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, une tentative de réponse de la West Lothian Question (pourquoi les députés écossais peuvent voter sur des sujets qui ne concernent que l’Angleterre, alors que l’inverse est impossible), etc.

Ce référendum aura eu plusieurs mérites: redonner vie à la politique écossaise, faire débattre les gens, redonner confiance aux Écossais, et donner un sacré coup de chaud à ceux qui pensaient qu’il n’y avait aucun problème avec le Royaume-Uni tel qu’il est à présent. C’est un peu comme quand dans un couple, l’un menace de quitter l’autre. Quand cela devient une perspective crédible, on est obligé de changer radicalement pour ne pas briser l’entente.

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La référence: The Proclaimers, I’m Gonna Be (500 miles)

J’espère sincèrement que Londres ne laissera pas tomber les Écossais en leur donnant des miettes de pouvoir. Les conservateurs et les libéraux-démocrates ont fait des propositions ambitieuses, comme déléguer tout le pouvoir fiscal à Édimbourg, alors que les travaillistes veulent seulement en donner une partie. J’espère qu’après des semaines à avoir fait entendre leur voix, ils garderont en tête qu’ils peuvent obtenir ce qu’ils ont été une majorité à demander: une dévolution maximale. J’espère que Londres est sincère en disant qu’il va y avoir du changement: s’ils échouent, ils verront vite arriver un autre référendum.

Maintenant que l’Écosse a voté, est-ce qu’elle va retomber dans les oubliettes? Ce n’est que le début d’un voyage. Un autre grand débat attend les Britanniques, et puis il va bientôt y avoir un nouveau First Minister – tiens, la démission d’Alex Salmond, encore un truc que je n’avais pas vu venir!

Croyez-moi, les copains, vous allez encore beaucoup m’entendre parler de l’Écosse. 🙂

6 thoughts on “Coup de chaud sur l’Ecosse

  1. La démission d’Alex Salmond était évidente en cas de défaite, il s’était largement investi dans cette bataille. Il n’y a que chez nous qu’on ne démissionne plus après un référendum perdu, sauf à ce que les votations participent à la vie de tous les jours.

    J’avais parié sur 10 points d’écart et j’avoue que ça tombe pile. Faut quand même mesurer le chemin parcouru : le non avait quand même régulièrement plus de 40 à 50 points d’avance au départ (parfois davantage encore suivant les études) et on a bien cru un moment qu’il allait se faire rattraper… Je ne crois pas que Londres puisse se permettre d’ignorer celà. Même si un autre référendum est sûrement improbable à court ou moyen terme, les Écossais disposent de larges moyens de pression pour se faire entendre le cas échéant (en particulier l’accès au pétrole).

    La sociologie du vote est intéressante : il me semble que les 18-24 ans ont voté plutôt non, ce qui n’était pas forcément attendu : ils ont pu être sensibles au discours de peur manié par Londres dans un contexte de crise économique. Les retraités semblent avoir voté majoritairement non également, alors que les actifs entre les deux étaient plutôt portés sur le oui.

    Intéressant également, le fait que l’Irlande du Nord n’ait quasiment pas bougé : il faut dire que le statu quo là bas a été suffisamment difficile à atteindre pour avoir envie de tout remettre en cause. Quant au Pays de Galles, on se demande un peu à quoi il sert et de toute façon comme chacun sait il n’y a que des moutons là-bas 😉

  2. Sur la West Lothian Question, puisque tu en parles, j’ai toujours trouvé ça bizarre, le modèle britannique. Ce n’est pas comme une fédération (un pouvoir fédéral où tout le monde est représenté + un pouvoir local par entité fédérée). Les trois autres pays du R-U sont comme des entités fédérées, mais pas l’Angleterre : comme si l’Angleterre était un territoire fédéral, d’une certaine façon. Sauf à se transformer en fédération et en haussant l’Angleterre au même statut que les autres avec son propre parlement, je ne vois pas comment ils peuvent se sortir de cette question là (en effet ce serait un cauchemar constitutionnel…)

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