#ScotRef – l’Ecosse vers un deuxième référendum sur l’indépendance

Revenir de vacances est toujours une vrai déchirure. D’autant plus que cette année, je quittais le soleil de Bamako pour revenir à la fraîcheur de Paris. Mais comme dans toutes les situations de crise, l’Ecosse ne me déçoit jamais : pour reprendre la semaine sur les chapeaux de roue, Nicola Sturgeon a annoncé ce lundi 13 mars un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse.

En même temps, est-ce si étonnant ? Depuis le lendemain du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, tout le monde retenait son souffle et les rumeurs ne devenaient que plus persistantes. J’en parlais il y a quelques mois. Et ces dernières semaines, les choses sont devenues un peu plus concrètes : la période à laquelle la consultation risque de se tenir a été évoquée par la Première ministre et par son prédécesseur Alex Salmond.

Qu’est-ce qui a fini par décider Nicola Sturgeon ? Tout d’abord, son annonce coïncidait avec l’examen en seconde lecture par la Chambre des Communes du projet de loi autorisant la Première ministre britannique, Theresa May, à déclencher les procédures pour quitter l’Union européenne, avec le fameux article 50 du traité de Lisbonne. Et cela arrive après des semaines de discussions, ou plutôt de tentatives de discussion, pour que l’Ecosse ait un accord différencié avec l’UE : une tentative d’éviter un Brexit dur. C’est ce que proposait le gouvernement écossais dans un document de 50 pages, La place de l’Ecosse en Europe (Scotland’s Place in Europe), dont je vous recommande la lecture. Mais pour Londres, tout le monde doit être logé à la même enseigne : ce sera Brexit dur pour tout le monde, même pour l’Ecosse qui a voté contre.

On voit rapidement où est le problème: quelle légitimité pour Theresa May, qui n’a par ailleurs pas été élue (souvenez-vous, elle a pris la succession de David Cameron sans élection à la tête du parti conservateur), dans une Ecosse qui non seulement n’a pas voté pour le Brexit, mais qui en plus ne compte qu’un seul député conservateur ? Du point de vue écossais, sa position est difficile à défendre. D’autant plus qu’en 2014, après le référendum, les trois grands partis nationaux (Labour, Tories et Libéraux-démocrates) avaient promis de traiter l’Ecosse comme une égale des autres nations. « L’Ecosse va faire face à un choix : celui de suivre le Royaume-Uni dans un Brexit dur, ou de devenir un pays indépendant qui puisse conclure un véritable partenariat d’égal à égal avec le reste du Royaume-Uni et notre propre relation avec l’Europe », déclarait Nicola Sturgeon lundi.

Nicola Sturgeon annonce un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Ecosse

Pourtant, rien n’est gagné : tout d’abord, on ne sait pas exactement quand ce référendum aura lieu, ni s’il aura lieu. Si Sturgeon aimerait un vote à l’automne 2018 ou au printemps 2019, donc après la fin des négociations de Londres avec Bruxelles, Theresa May est plus que tiède à l’idée. On peut la comprendre : elle aurait à se battre sur deux fronts, à Edimbourg et à Bruxelles. Tout ce que le Parlement écossais peut faire, c’est demander l’autorisation à Londres d’organiser un référendum. C’est donc le gouvernement britannique qui aura le dernier mot. Mais en même temps, c’est très compliqué de dire aux Ecossais qu’ils n’auront pas leur mot à dire sur leur auto-détermination. Raison pour laquelle May a dit que ce n’est pas le moment, mais elle n’exclut pas, dans le futur, d’autoriser une second référendum.

Pour la pousser à accepter la demande du gouvernement écossais, le Scottish National Party (au pouvoir au Parlement écossais) a lancé un site, une pétition et une campagne de financement participatif qui a déjà beaucoup de succès. Mais en face aussi, les unionistes sont loin d’être passifs : les représentants de ces partis multiplient les attaques virulentes à l’encontre de Nicola Sturgeon, en argumentant que les Écossais se sont déjà prononcés sur leur indépendance en septembre 2014 et qu’il y a mieux à faire pour le moment. La palme revient au chef du parti conservateur au Pays de Galles, qui accuse Nicola Sturgeon de vouloir reconstruire le mur d’Hadrien entre l’Ecosse et l’Angleterre.

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Du côté des travaillistes, la position est pour le moins confuse : le Scottish Labour est absolument opposé à tout second référendum et votera contre au Parlement écossais, estimant que la meilleure chose pour l’Ecosse était de rester dans le Royaume-Uni (même en cas de Brexit dur). Le leader national du parti travailliste, Jeremy Corbyn, avait pourtant déclaré l’exact contraire selon la presse, avant de démentir et de s’aligner sur la position de ses camarades écossais.

En attendant que ce référendum arrive, il va y avoir des mois de négociations pour la sortie des Britanniques de l’UE à se mettre sous la dent. Cela risque d’être encore plus difficile, maintenant que l’Ecosse a aussi un pied sur le pas de la porte. On verra aussi comment l’UE va réagir cette fois-ci devant une Écosse qui retente l’aventure de l’indépendance. De l’avis général, il y a beaucoup de bienveillance à Bruxelles (à l’exception notable de l’Espagne). Après tout, on voit mal l’Europe imposer une fin de non-recevoir à une nation qui veut se battre pour rester dans l’union, à cette époque d’euroscepticisme généralisé.

Tout ça pour dire : continuez à suivre Kiltissime ! On va avoir beaucoup de choses à se raconter.

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