#EdFringe 2017 : une année sud-africaine

Tant de spectacles à voir, et un Fringe si court ! Après 10 jours de folie festivalière à Edimbourg (j’en ai parlé rapidement sur place ici), je suis de retour à Paris, avec des souvenirs plein la tête. Contrairement à mes précédents Fringe, je n’ai rien vu qui m’a foncièrement déplu. Quelques productions, bien qu’elles ont été un bon divertissement, n’ont pas provoqué chez moi un grand enthousiasme. Mais l’immense majorité des shows que j’ai sélectionnés étaient de très bonne qualité. Il y en a quelques-uns qui ont largement dépassé le niveau des autres, et il se trouve que cette année, ils viennent tous du même théâtre: Baxter Theatre de la ville du Cap en Afrique du Sud. En 2014 déjà, les productions sud-africaines étaient remarquables : Race de David Mamet nous avait fait débattre pendant des heures.

Assembly Hall, où on peut voir The Fall

Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de voir les six pièces proposées par Baxter Theatre cette année, mais j’en ai vu deux tout bonnement remarquables : Mies Julie et The Fall.

Mies Julie est une véritable gifle dans la figure. Ce n’est pas la première fois que cette pièce d’1h30 est présentée à Edimbourg. En 2012 déjà, elle avait fait carton plein et les critiques ne tarissaient pas d’éloges.

De quoi ça parle ? Tout se passe en une soirée et une matinée. Dans l’Afrique du Sud post-apartheid, Julie, fille de fermier afrikaans, en veut au corps de John, le domestique xhosa. Après une nuit de passion, le lendemain matin, il faut se rendre à l’évidence : ça va très mal se terminer pour eux. C’est une pièce qui montre la brutalité du racisme et les plaies encore béantes de l’Afrique du Sud, le tout dans une atmosphère moite, poussiéreuse et mystérieuse. C’est une nouvelle réadaptation d’une pièce d’August Strindberg de la fin du XIXe siècle. Un tour de force.

Avec The Fall, on revient dans la ville, avec des gens à peu près de mon âge, à l’université du Cap. C’est une pièce écrite après que la statue du ségrégationniste Cecil John Rhodes a été enlevée du campus, suite à la mobilisation des étudiants noirs de l’université. Mais la pièce ne s’arrête pas là : ça parle de genre, de classe, de sexualités, de colonialisme. Un chef d’oeuvre qui résonne tellement avec tout un tas de choses qui me turlupinent, et j’en suis sûre, vous turlupinent aussi !

Les acteurs de The Fall

La particularité de Baxter Theatre est qu’il n’est pas financé par des fonds gouvernementaux: la plupart des ses ressources sont propres, le reste vient de l’Université du Cap. A sa création il y a tout juste 40 ans, le théâtre devait être intégré à l’université. C’était la seule manière de le protéger contre les lois de l’époque de l’apartheid, qui permettaient de censurer des productions artistiques partout dans le pays. C’était moins évident de faire arrêter une production au sein d’une université. C’est la raison pour laquelle Baxter Theatre a une tradition d’innovation, et portent des problématiques sociales majeures en Afrique du Sud. Fun fact : le premier baiser d’un couple mixte sur une scène de théâtre sud-africaine était dans Mies Julie, en 1985, cinq ans avant la fin de l’apartheid donc. Quand la pièce a été donnée à Johannesburg, l’actrice qui joue Julie a reçu des menaces de mort.

Longue vie à Baxter Theatre! Pour ceux qui sont à Edimbourg jusqu’à la fin du Fringe, dépêchez-vous d’aller voir leur travail. C’est excitant, perturbant et émouvant. Vous n’avez plus que trois jours !

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