L’Ecosse et le Brexit : pourquoi c’est (vraiment) compliqué

Cela fait bien tôt que deux ans que les Britanniques ont voté pour quitter l’Union européenne. Enfin, pas les Britanniques dans leur ensemble : les Ecossais et les Nord-Irlandais ont très majoritairement voté pour ne pas en sortir. D’où la difficulté des débats actuels : pour l’immense majorité des unionistes, les votes écossais et nord-irlandais ne sont pas considérés comme des votes spécifiques, mais comme des votes britanniques comme les autres, par conséquent ils n’ont pas à bénéficier d’un traitement différencié du reste du pays. « Le Royaume-Uni a rejoint l’UE comme une seule nation, nous devons quitter l’UE comme une seule nation », scandait Arlene Foster, l’ex Première ministre de l’Irlande du Nord (Democratic Unionist Party, allié de Theresa May) dans une tribune dans le Guardian. Cependant, réfléchir de cette manière, c’est faire du déni sur les fractures qui sont apparues au grand jour dans le pays depuis le référendum sur le Brexit. « One Nation Britain » semble plus que jamais être une illusion.

First Minister meets Prime Minister
Nicola Sturgeon et Theresa May (crédit : First Minister of Scotland)

Fin février, cette idée d’une nation britannique unique et fonçant comme un seul homme vers le Brexit a pris un nouveau coup après que Nicola Sturgeon, que je ne présente plus, et Carwyn Jones, le Premier ministre travailliste du Pays de Galles, ont décidé de présenter, dans les Parlements régionaux d’Edimbourg et de Cardiff, un projet de loi qui va compliquer la vie de Theresa May. C’est une histoire un peu compliquée mais d’une importance capitale.

En clair, si vous avez un peu suivi ce blog, vous savez que la dévolution a permis aux parlements régionaux de récupérer un certain nombre de pouvoirs, gérés directement par eux au lieu du Parlement britannique à Londres, comme, pour le Parlement écossais, l’agriculture, la pêche, l’éducation, la santé. Dès lors, ce sont les Ecossais qui décident de leurs lois et réglementations dans ces domaines, et ils se chargent d’appliquer la législation européenne qui touche à ces domaines. En toute logique donc, quand le Royaume-Uni sortira de l’UE et que Bruxelles n’aura plus aucune influence sur la législation britannique, alors tous les pouvoirs décentralisés devraient revenir à Edimbourg et à Cardiff. Simple, basique.

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Le Premier ministre gallois Carwyn Jones (crédit : DG EMPL)

Eh bien en fait, pas si simple. Londres estime que pour ne pas bouleverser les cadres réglementaires, Londres devrait récupérer les pouvoirs qui sont sensés être rapatriés dans les régions, au moins temporairement. John Swinney et Michael Russell, le vice-Premier ministre et le ministre du Brexit écossais, ont dénoncé une « usurpation de pouvoir« . C’est donc pour cela que les Premiers ministres gallois et écossais, malgré leurs divergences politiques, ont décidé de ne pas rester les bras croisés.

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I know, Leslie.

Theresa May, Carwyn Jones et Nicola Sturgeon doivent se rencontrer cette semaine pour essayer de négocier une sortie de crise. On voit mal comment le gouvernement britannique pourrait ne pas tendre la main aux Ecossais et aux Gallois. Même si en pratique, ni le Parlement écossais ni l’Assemblée galloise ne peuvent empêcher le Brexit, Londres serait bien peu inspirée de passer les choses en force. C’est l’assurance de donner d’excellentes raisons aux Ecossais de repenser très sérieusement à leur indépendance.

Pour le moment, l’option d’un second référendum d’indépendance est sur pause. L’an passé, Nicola Sturgeon annonçait oeuvrer pour qu’il y ait un vote fin 2018 – début 2019, avant la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais la contre-performance du SNP aux élections générales anticipées en juin 2017 (une vingtaine de sièges perdus aux profits des conservateurs et des travaillistes – mais le SNP reste de loin la première force politique en Ecosse) a mis la question indépendantiste de côté, du moins pour un temps.

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