Indépendance de l’Ecosse : le débat est relancé #Indyref2

Je sais, c’est pas sérieux : deux mois sans rien écrire sur Kiltissime, c’est long. Mais je n’ai pas chômé pour autant : j’avais un déménagement à préparer (direction le 9-3, « c’est d’la bombe bébé »), un été en Écosse à préparer (direction Édimbourg en août avec plein de news et d’articles sur l’International Festival, le Book Festival et bien sûr le Fringe !), et puis plus généralement, une vie remplie quoi. Promis, j’essaie de ne plus vous abandonner aussi longtemps : il y a plein de posts sur le feu pour les prochaines semaines.

Séchez vos larmes car vendredi, l’Écosse nous fait encore cadeau du sujet préféré de Kiltissime : l’indépendance. Vous le savez, le projet d’un deuxième référendum a été lancé, puis mis sur pause. Avant-hier, le débat a été remis sur les rails avec la publication d’un rapport par la Growth Commission mise en place par la Première ministre Nicola Sturgeon, qui a planché sur le futur de l’économie de l’Écosse si elle se sépare du Royaume-Uni. L’ambition est d’égaler des pays comme la Finlande ou la Norvège : prospérité économique et justice sociale. Le rapport est disponible sur ce site.

Public Discussion in Clyde Gateway

N’étant pas économiste, je n’aurai pas la prétention d’affirmer que les données et thèses avancées sont crédibles ou non. Mais avant de passer les 350 pages du rapport au peigne fin, on peut déjà remarquer deux trois choses très intéressantes.

Scotland Can

Tout d’abord, la Growth Commission, qui a rédigé le document, est présidée par l’ancien député écossais et économiste Andrew Wilson. C’est un proche de l’ancien Premier ministre Alex Salmond, mais il représente aussi le courant centriste du SNP. On a reproché, lors du référendum en 2014, au SNP de dépeindre l’Écosse indépendante comme une terre d’abondance et une des nations les plus riches du monde grâce aux hydrocarbures de la mer du Nord. Quelques années plus tard, ce n’est autre qu’Andrew Wilson qui a critiqué cet argument de campagne, en déclarant que c’était une erreur que de fonder le futur de l’économie écossaise sur des ressources aussi volatiles que le pétrole et le gaz.

Dès lors, le SNP a retravaillé ses arguments pour l’indépendance : le parti admet désormais que la vie ne sera pas facile après l’indépendance. Il faudra, au moins pour un temps, faire des sacrifices. Le Scottish Labour va jusqu’à dire que l’indépendance est la garantie d’avoir une politique d’austérité brutale appliquée à l’Écosse (une des raisons pour laquelle les travaillistes s’y opposent).

L’ambiance est un peu moins à la fête dans ce rapport, et pourtant l’idée principale est l’optimisme. Dans le titre du rapport, aucune mention n’est faite de l’indépendance : il est intitulé « Scotland – The new case for optimism ». Sur les réseaux sociaux, le SNP a sorti un clip invitant les Écossais à soutenir cette nouvelle initiative pour l’indépendance en signant une pétition hébergée sur un site intitulé « Scotland Can ». Loin des pessimistes qui prétendent que l’Écosse est trop faible, trop endettée et trop peu attractive, les indépendantistes veulent montrer leur confiance dans leur pays. Cela suffira-t-il à rallier la majorité des Écossais, encore favorables au maintien du Royaume-Uni ?

La monnaie, toujours la monnaie

Deuxièmement, le rapport parle beaucoup de la monnaie. Si vous vous en souvenez bien, c’était un des points compliqués du référendum en 2014 : les indépendantistes voulaient une union monétaire avec le reste des Britanniques pour garder la livre sterling, et le ministre des finances de l’époque, George Osborne, les avaient fermement rembarrés. Cette fois-ci, la Growth commission propose une solution bien plus simple : l’Écosse gardera la livre sterling pendant une bonne dizaine d’années comme monnaie transitoire… sans demander l’autorisation du Royaume-Uni.

En théorie, c’est tout à fait faisable : de nombreux pays dans le monde utilisent une monnaie étrangère sans accord préalable, comme le Zimbabwe. Mais aucun pays aussi développé que l’Écosse ne le fait. Pourquoi ? Parce qu’utiliser une monnaie étrangère sans autorisation, c’est avoir zéro contrôle sur la politique monétaire. Impossible par exemple de changer les taux d’intérêt à sa guise. Et je ne comprends pas grand chose en monnaie, mais tout le monde sait que les taux d’intérêt, c’est pas mal de les maîtriser. Le rapport n’apporte donc pas vraiment de réponses à la question monétaire déjà posée en 2014.

Ecosse terre d’accueil

Enfin,le rapport évoque pas mal l’immigration. On savait déjà que le SNP avait une approche très pragmatique et détendue de l’immigration. C’est confirmé ici : le SNP affirme que si l’Écosse, dont la population est vieillissante, veut se développer, il va lui falloir une population jeune en âge de travailler. Pour attirer les travailleurs étrangers, une Écosse indépendante pourrait proposer des baisses d’impôts. C’est courageux de défendre ce point de vue : on verra aux prochaines élections écossaises si le SNP tient la même ligne.

A quand le prochain référendum ?

Le rapport de la Growth Commission est très intéressant et apporte quelques réponses quant à l’orientation que prendra le prochain référendum sur l’indépendance de l’Écosse, mais il reste encore flou sur de nombreux points. C’est quand même mieux que rien : si comme moi, vous êtes convaincus que l’Écosse sera un jour indépendante, alors il vaut mieux que des élus et experts se soient assis autour d’une table pour discuter des différentes modalités.

The time has come to make a stand.

Une des questions qui n’est absolument pas abordée dans le rapport, mais en même temps ce n’est pas vraiment son rôle, est celle du timing du prochain référendum. La Première ministre ne se risque pas non plus à donner une date, pour deux raisons. La première est qu’il est difficile de construire un argumentaire pour l’indépendance sans savoir quels seront les termes de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne : marché commun ou pas, union douanière ou pas… Sans parler de l’épineuse question des pouvoirs rapatriés depuis Bruxelles que Londres veut garder temporairement au lieu de les rendre aux administrations décentralisées. La deuxième est, à mon avis qu’il faut qu’elle gagne du temps : la base du SNP réclame à corps et à cris un nouveau référendum au plus tôt, et les résultats du SNP aux dernières élections montrent plutôt que les Écossais ne sont pas encore prêts, voire exaspérés par le fait que la question de l’autodétermination ne cesse de revenir sur le devant de la scène.

Dès lors, peut-être que Nicola Sturgeon n’est pas très pressée d’organiser un nouveau référendum qui aurait toutes les chances d’être un échec dans l’immédiat… mais peut-être qu’elle pourrait devenir la Première ministre qui a donné les moyens à l’Écosse d’envisager de manière crédible l’autodétermination.

On verra où tout cela à dans les prochaines semaines. D’ici là, tenez-vous prêts pour ma sélection 2018 des shows à voir au Fringe !

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