Congrès du SNP, part 1: l’Europe au cœur

La saison des congrès des partis touche bientôt à sa fin. Après les travaillistes et les conservateurs, c’est au tour du SNP au pouvoir en Ecosse. Depuis hier et jusqu’à demain, les militants se rassemblent au centre de conférence de Glasgow, les discours des élus SNP se succèdent dans la salle plénière, avec comme point final celui, très attendu, de la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon demain après-midi.

C’est la première fois que je vais à un congrès de parti au Royaume-Uni. Ca ressemble beaucoup à ce qui se fait en France: les votes des militants en plus et le beau temps des universités d’été en moins… Sans vouloir être désagréable !

Allez Glasgow, fais pas cette tête

A quoi sert le congrès du SNP ?

C’est LE gros évènement politique de l’année pour le parti. C’est l’un des rares moments où tous les militants du pays peuvent se retrouver, se redonner du courage et de la foi pour aller tracter, frapper aux portes, passer des coups de fil. C’est le moment de débattre sur les sujets brûlants et de faire la fête le soir entre gens qui pensent grosso modo la même chose. C’est le moment d’affuter ses arguments sur différents sujets. Et c’est aussi le moment pour voter la politique du parti à travers les motions proposées par les élus et les sections. Par exemple, ce matin, était votée (presque à l’unanimité) une motion sur des salles de consommation à moindre risque à Glasgow.

Une autre résolution qui a été votée haut la main (littéralement, parce que c’est à main levée dans la plénière) était celle sur le regroupement familial des réfugiés. « Le Congrès répète que les réfugiés et les migrants sont et seront toujours les bienvenus en Ecosse, et note la précieuse contribution que ces communautés apportent à notre économie, notre société et notre culture ». A l’exception d’un militant qui a pris la parole pour dénoncer « la politique de la porte ouverte » du SNP, cette position fait très largement consensus.

Au Congrès du SNP

On y parle de quoi ?

Des deux éléphants dans la pièce : l’indépendance, parce qu’après tout, c’est la raison de vivre du SNP, et du Brexit, bien sûr. D’ailleurs, le premier évènement de la journée, dans le Fringe du congrès (un genre de off) était consacré à « L’indépendance dans l’Europe ». Ca résume tout non ? C’était une discussion organisée par les jeunes SNP, à laquelle participaient l’eurodéputé Alyn Smith, que vous connaissez sûrement grâce à son discours exceptionnel au Parlement européen.

On retient quoi ?

Pas de déclarations fracassantes : le congrès n’est vraiment pas le lieu pour laver son linge sale, et surtout pas en public. En somme, les déclarations se résument à ces quelques points :

  • Le SNP n’est pas content DU TOUT de la manière dont se déroulent les négociations avec l’UE : non seulement le ton est trop acrimonieux, mais en plus le seul deal qui leur est acceptable serait un deal qui comprend un maintien dans le marché commun et l’union douanière. Spoiler alert : ce n’est pas dans les plans de Theresa May, donc autant dire que le SNP s’opposera à tout accord ramené dans quelques semaines à Westminster.
  • Le SNP envoie du gros love sur les immigrés et les ressortissants européens en général : « venez, restez, vous êtes les bienvenus et on vous aime ». Le gouvernement écossais va d’ailleurs bientôt mettre en place un service d’information aux Européens en Ecosse.

  • Le SNP continuera à protéger les pouvoirs du parlement écossais dans le contexte du Brexit, appelle à avoir de nouveaux pouvoirs (notamment immigration et protection sociale) et maintient que son but final est l’indépendance de l’Ecosse.

Y a un enjeu quand même ?

Ah bah oui. Nicola Sturgeon subit une pression grandissante de sa base pour convoquer au plus vite un nouveau référendum d’indépendance. Pour les plus pressés, il n’y a pas d’hésitation à avoir : elle a le mandat pour le faire. Une majorité de députés SNP au Parlement écossais et au Parlement britannique. En plus, le programme du SNP pour les élections écossaises de 2016 stipulait clairement qu’un nouveau référendum pourrait être organisé si l’Ecosse sortait de l’UE contre son gré. Et cerises sur le gâteau, la manifestation indépendantiste à Edimbourg ce weekend était probablement la plus grande jamais organisée, et des sondages ont montré dans la foulée que l’indépendance l’emporterait si un référendum avait lieu bientôt.

Sauf que : le timing est crucial. Cette fois-ci, il va falloir gagner, Nicola Sturgeon le sait bien. Malgré l’opposition marquée des Ecossais au Brexit, le bond d’opinion en faveur de l’indépendance n’a pas vraiment eu lieu. Au contraire : souvenez-vous, aux élections générales anticipées de 2016, le SNP a perdu pas mal de sièges. La Première ministre joue donc la montre : elle n’annoncera pas sa décision pour le prochain référendum demain, mais seulement quand les contours du Brexit seront un peu plus clairs.

Ca va sans nul doute faire grincer des dents. Mais pour ne pas laisser les militants sur leur faim, Nicola Sturgeon a fait une annonce majeure hier : le SNP soutient désormais le People’s Vote, le deuxième référendum sur le Brexit. La majorité des militants SNP le veulent, mais la perspective laissait jusqu’à maintenant le leadership du parti de marbre. Peut-être fallait-il absolument se distancer des conservateurs, qui sont catégoriquement opposés à ce deuxième vote…

C’est bientôt la fin de cette journée de congrès. Encore quelques votes et un discours, et après je rentre dormir. A demain pour le discours de la Première ministre !

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