Congrès du SNP, part 2: Nicola Sturgeon fait du Leslie Knope

Si vous n’avez jamais regardé Parks & Recreation, je vous envie : vous aurez, très vite j’espère, le bonheur immense de découvrir cette série comique et politique. Et si vous connaissez déjà, vous comprendrez mon obsession pour Leslie Knope. Une élue américaine dont les valeurs cardinales sont l’optimisme, l’ambition, la ténacité et l’amitié. Alors que les éléments se liguent contre elle, Leslie continue d’avancer malgré tout: que ce soit pour construire un parc quand une énorme corporation veut récupérer le terrain qu’elle convoite, ou quand son meeting pour gagner l’élection locale s’avère être un fiasco total (meilleur épisode de série de tous les temps). Parks & Rec est une série importante, qui porte des idéaux et des valeurs qui me tiennent à cœur.

Hier en conclusion du congrès du SNP à Glasgow (première partie à lire ici), j’ai trouvé beaucoup de Leslie Knope dans Nicola Sturgeon. Il y a des mots qui ont été dits et répétés que je n’avais pas entendu depuis un bon moment dans la bouche d’un élu : justement optimisme, espoir, amour même.

Nicola Sturgeon quitte la scène à la fin de son discours au congrès du SNP

Son speech, qui a duré une petite heure, voulait raconter cela : le SNP au pouvoir est radical en ce qu’il montre que l’espoir peut devenir réalité, que ce n’est pas la petite taille de l’Écosse qui l’empêchera d’avoir de l’ambition maintenant et si/quand l’indépendance viendra, et qu’en attendant, il faut travailler à convaincre les amis, la famille, les collègues, les voisins, avec respect, détermination et amour. « Je ne nous vois pas comme un petit pays mais comme une grande famille. Et oui, ça veut dire que parfois, nous ne sommes pas d’accord. Mais malgré tout, nous tenons tous les uns aux autres. Nous avons un grand cœur et nous n’avons pas peur d’exprimer de l’amour », a-t-elle déclaré. Et cette grande famille, nous autres citoyens européens, nous y avons notre place. Quand je vous dis que je me suis sentie très courtisée dans ce congrès.

Concrètement, ça veut dire quoi ? Beaucoup d’annonces pour l’économie et la santé, que je ne vais pas détailler ici parce que c’est partout dans la presse. Je note cependant cette volonté de montrer que malgré le Brexit, l’Écosse veut continuer à travailler avec l’Europe. Un hub du gouvernement écossais va ouvrir à Paris en novembre (et j’aimerais beaucoup y aller pour griffonner deux trois trucs).

Un autre mot a été martelé dans son discours : patience. Honnêtement, l’exercice était compliqué : tout le monde l’attendait au tournant par rapport au prochain, hypothétique, référendum sur l’indépendance. Faut-il en organiser un le plus vite possible, ou attendre d’en savoir plus sur le Brexit ? La base est pressée. Mais Nicola Sturgeon n’a aucune envie de précipiter les choses. Pour elle, l’indépendance est à l’horizon, et il y aura un référendum, mais pas maintenant. « Nous devons prendre notre passion et y ajouter pragmatisme, patience et persévérance pour convaincre ceux qui ne le sont pas encore. Efforçons-nous de voir le débat du point de vu opposé. Nous avons le devoir de répondre à toutes les interrogations aussi précisément que possible. » Quoi de plus pragmatique que de dire qu’il ne faut pas organiser un vote que l’on n’est pas certain de gagner ?

Surtout que la responsabilité de gagner l’indépendance repose surtout sur le gouvernement qu’elle dirige. Les militants de terrain travaillent dur, mais il faut qu’ils puissent vendre le fait que le SNP peut diriger un pays avec brio. Pour le moment, la critique principale faite au gouvernement écossais est qu’il est obsédé par l’indépendance (surprise surprise, il est composé de ministres indépendantistes, jusque là, pas de scoop hein) et qu’il ne fait pas le boulot de tous les jours : santé, éducation, sécurité, emplois, etc. Hier, Nicola Sturgeon a essayé de faire taire ces critiques en faisant le bilan du SNP au pouvoir, notamment en ce qui concerne le logement. Mais toujours est-il que l’ombre de la crise du système de santé écossais plane sur son gouvernement, comme la révolte des profs. L’opposition la questionne, à raison, sur ces deux points. Au SNP de montrer ce qu’ils ont dans le bide d’ici les prochaines élections législatives écossaises, prévues au printemps 2021.

Je ne sais même pas si je serai encore en Écosse : ça dépend de plein de choses, entre les opportunités de boulot et si je me fais tej du pays fin mars 2019 (ça m’étonnerait, mais bon, on ne peut plus rien prédire de nos jours). Mais je vous le dis : ces prochains mois en Écosse vont être passionnants.

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