Pourquoi l’Ecosse (et pas le reste du Royaume-Uni) ? La suite

Après trois semaines de voyages, à la maison à Pantin et aux Etats-Unis pour notre voyage de noces (et les midterms, vous croyez quoi !), me voilà de retour en Ecosse. Cette fois-ci, j’ai un vrai chez moi bien cosy, pour me rouler en boule dans des plaids pendant les longues nuits d’hiver. Et travailler, aussi !

Je dois dire, pour moi qui vit dans le flot constant d’informations, c’était très reposant de ne pas vivre le délire total qu’est le Brexit pendant quelques semaines, de ne pas faire un facepalm à chaque fois qu’un élu ouvre la bouche, de ne pas rouler des yeux en entendant les ayatollahs du Brexit. Et puis, alors que Theresa May a enfin réussi à arracher un deal avec l’UE (je ne m’étendrai pas sur le sujet, il y a en qui comprennent ça mille fois mieux que moi), on m’a demandé plusieurs fois : mais qu’est-ce que tu fais ici ? Ca te fait quoi, de vivre dans un pays qui sort de l’UE, et qui, soyons francs, n’a pas envie de toi ?

J’en profite, pendant que j’ai encore votre attention, pour faire un shout out à l’amie Sarah de French Kilt, et sa lettre aux futurs nouveaux Ecossais.

J’en profite également pour être très transparente : les lignes qui vont suivre n’ont pas pour but de vous dissuader de sauter le pas si vous voulez venir en Ecosse. Je ne regrette pas ma décision, et j’adore ma vie ici, malgré les incertitudes et l’atmosphère parfois cheloue.

Choix déroutant

Honnêtement, je n’en veux à personne de trouver mon choix déroutant. Après tout, la Première ministre britannique a qualifié cette semaine les ressortissants européens de « queue jumpers », les gens qui doublent dans les files d’attente, soit le truc le plus insultant du monde dans un pays qui vénère tant les files bien organisées. Elle parlait de gens qui ne font qu’exercer leur droit de vivre et travailler ailleurs dans l’UE que leur propre pays. Qui ont un foyer ici, une famille, des amis, étudient ou travaillent, sans aucun problème. Ils sont ici chez eux.

Pour ma part, personnellement, jusqu’à maintenant, je me sentais bizarrement relativement peu concernée. Après tout, je viens d’arriver en Ecosse. De plus, je ne pense pas qu’on va jeter tous les Français dans un charter en direction de CDG fin mars 2019. Enfin, vous me direz, tout arrive de nos jours, que peut-on encore prévoir ! Je n’ai pas de peurs particulières pour ma personne. Juste, je pense que je vais me dépêcher de tout bien faire méga carré en début d’année prochaine, pour pouvoir justifier de ma présence sur le sol britannique.

Pourquoi l’Ecosse, again

Mais vous savez pourquoi je suis relativement sereine ? Parce que, mes ami.e.s, je n’ai pas déménagé au Royaume-Uni. J’ai fait le choix de déménager en Ecosse, qui se trouve être une nation du Royaume-Uni. Certes, ce n’est pas Edimbourg qui fait les règles sur le Brexit, et l’Ecosse ne décidera pas à quelle sauce nous allons être mangés. Certes, j’habite dans la capitale écossaise, une grande ville qui brasse des dizaines de nationalités et de langues. Mais vraiment, je ne voudrais pas habiter ailleurs dans le Royaume-Uni qu’en Ecosse.

On entend des histoires absolument affreuses de la montée du racisme et de la xénophobie en Angleterre. Des gens qui sont tapés dans la rue parce qu’ils parlent une langue étrangère au téléphone. Des gens qui décident de partir du pays parce qu’ils ne supportent plus l’atmosphère rance. La rhétorique des élus nationaux est tout bonnement honteuse et insultante. Finalement, les Européens, à qui on a toujours dit qu’ils étaient des expatriés et non des immigrés, vivent violemment ce que c’est d’être étranger dans un pays où la xénophobie est au pouvoir : quoiqu’ils disent, quoiqu’ils fassent, ils seront au mieux des citoyens de seconde classe, sinon des indésirables qu’il faut, à défaut d’être expulsés, empêchés d’entrer. Pour avoir vécu le racisme et la xénophobie dès mon plus jeune âge, ce n’est pas une expérience que je souhaite à qui que ce soit.

Ici en Ecosse, je me sens relativement épargnée par l’acrimonie du débat en Angleterre. Les gens sont extraordinairement accueillants et désolés de ce qui arrive. Certains m’ont même dit qu’ils avaient « honte ». Ici, au moins, il y a un peu décence, sur tout l’échiquier politique, pas juste le SNP. Il faut croire que c’est beaucoup demander aux politiciens de nos jours, la décence, donc je porte cette valeur en haute estime ! Et on peut reprocher beaucoup de choses au SNP, mais on ne peut pas les accuser d’être flous dans leur engagement européen. Pourvu que ça dure.

Prendre notre mal en patience

Donc là, qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien, on attend décembre. On va voir si l’accord de May (qui concerne juste la sortie de l’UE, pas la relation future) passera au Parlement lors du fameux « meaningful vote ». Spoiler alert : ça ne passera jamais, elle n’a pas de majorité et trop de rebelles dans le parti conservateur.

En tout cas, l’impact sur la santé mentale des gens est palpable. J’étais à une réunion sur les droits des ressortissants européens en Ecosse cette semaine, et un participant polonais, qui habite ici depuis 10 ans, a dit : « je suis dévasté, et je ne sais pas à quoi notre futur va ressembler. On verra bien. Peut-être que j’aurai besoin d’une aide psychologique dans les prochains mois. »

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