Brexit : essayons quand même de prédire des choses

Je ne vais pas vous mentir : je ne vais pas prétendre vous aider à y voir plus clair. C’est impossible de comprendre ce qui se passe avec le Brexit. Les journalistes y passent des heures et je peux vous dire que c’est très mauvais pour ma tension. Abonnez-vous à la presse parce qu’on est clairement sous-payés pour ça, vu le stress que ça engendre.

Le problème avec la politique britannique, c’est que quoi que vous écriviez, votre article sera obsolète le lendemain. Donc je vais écrire ce billet très rapidement, dans le vent glacial d’un quai de la gare de Vierzon, avant que tout ça ne périme dans 20 minutes.

Résumons la situation

Le meaningful vote sur l’accord de sortie du Royaume-Uni de l’UE, qui devait avoir lieu hier, a été repoussé. Theresa May l’a annoncé à la dernière minute lundi, alors que le matin même, ses ministres faisaient le tour des matinales pour dire qu’il était hors de question de décaler le vote. Conséquence : énorme frustration et colère des députés, qui sont en charge de décider de l’agenda de la Chambre des communes. Le gouvernement ne peut pas unilatéralement décider d’ôter un vote parce que ça ne l’arrange pas… Mais May savait très bien que son deal allait être spectaculairement rejeté. Plus de 100 députés conservateurs disaient alors qu’ils voteraient contre son accord.

La Première ministre Theresa May

Ce matin, un vote de défiance contre Theresa May a été annoncé. Ce vote concerne sa position de leader du parti conservateur. Pour que la procédure pour déloger un leader au pouvoir ait lieu, il faut que 15% des députés, soient 48 élus, envoient une lettre à Sir Graham Brady (retenez bien son nom), le président de Comité 1922. C’est le groupe chargé d’organiser les votes internes. Il se trouve qu’hier soir, les 48 lettres (au moins, on ne sait pas combien de lettres ont été soumises) sont arrivées. Il a donc appelé Theresa May, alors qu’elle était en tournée européenne pour tenter de renégocier le deal : le principal point de tension avec les pro-Brexit est le backstop, ce filet de sécurité qui doit empêcher que quoi qu’il se passe, il y ait une frontière dure entre l’Irlande du Nord (qui fait partie du Royaume-Uni) et la République d’Irlande.

Comment ça marche ?

À 17h, Theresa May doit s’adresser à ses députés. De 18 à 20h, ils doivent voter à bulletin secret. À 22h au plus tard, on connaîtra l’issue du vote.

Pour gagner, Theresa May a besoin que 158 députés la soutiennent. Pour le moment, environ 140 lui ont apporté leur soutien en public (il faut voir ce qu’ils feront en privé). Parmi ces 140, il y a l’ensemble de son gouvernement, qui comprend des gens pressentis pour lui succéder si elle perd. Si elle gagne, alors elle restera en place et sera inamovible pendant un an.

Si elle perd, c’est une autre histoire : les militants devront choisir. Les candidats se déclareront, et une procédure interne fera que seulement deux candidats iront en finale. Sauf s’il n’y a qu’un seul candidat : dans ce cas, il deviendra automatiquement leader du Parti, et Premier ministre. Les modalités du vote doivent encore être décidées.

Quid du Brexit ?

1- Même si Theresa May gagne, c’est du temps pris sur l’urgence de faire voter un accord de sortie de l’UE. Et Theresa May ou pas, l’opposition à Westminster est grande.

2- Si elle perd, ce n’est pas dit qu’un nouveau leader et Premier ministre sera en place avant le 21 janvier 2019, date butoir à laquelle le gouvernement s’est engagé à tenir un vote final sur le Brexit.

3- S’il n’y a pas de Premier ministre, alors ce sera sûrement au Parlement de reprendre la main sur tout, et on a vu qu’il n’était pas exactement uni sur le sujet. Donc le risque de sortir sans deal est une perspective de plus en plus réaliste. Ou sinon… Il faut repousser le Brexit à après le 29 mars 2019.

4- Si le nouveau Premier et son gouvernement perdait un vote de confiance au Parlement (vote de l’ensemble des députés), alors il faudrait que des élections générales soient organisées dans les 60 jours.

C’est maintenant que je dois vous prévenir : je suis notoirement mauvaise en pronostics. Mais vu la tournure que prennent les choses, on dirait que May va rester en place, d’autant plus que Downing Street a l’air de dire qu’elle va s’engager à démissionner avant les prochaines élections. Elle est d’avis que ce leadership challenge ne concerne pas vraiment le Brexit, mais plutôt la peur qu’ont les députés de la traîner jusqu’au prochain scrutin (prévu en mai 2022).

Et l’opposition ?

Elle est excédée, évidemment. Elle dit que la Première ministre est incapable de gouverner. Les travaillistes appellent à des élections générales tout de suite. Le SNP, les Verts et les Libéraux-démocrates veulent un deuxième référendum, le People’s vote : ils estiment que ce qui a été commencé par référendum doit finir par référendum, et si le Parlement ne peut pas se mettre d’accord, il faut demander au peuple il préfère le Brexit de Theresa May ou tout annuler et rester dans l’UE.

Jeremy Corbyn, chef de l’opposition travailliste

Pour le moment, Theresa May exclut ces deux options. Pour elle c’est ce deal, ou pas de deal. Dans tous les cas, l’UE a été très claire : il est hors de question de renégocier.

J’espère vous avoir un peu éclairé… mais je pouvais difficilement mieux faire qu’un bon vieux dessin.

A bientôt pour de nouveaux psychodrames !

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