Alex Salmond inculpé d’agressions sexuelles

La nouvelle a pris tout le monde de court en fin de semaine dernière : l’ancien Premier ministre, Alex Salmond, a été arrêté et inculpé. Dans la journée, on a su pourquoi : deux tentatives de viol et une dizaine d’agressions sexuelles. Rien que ça.

Alex Salmond kicks off the campaign
Alex Salmond, ancien First Minister

Salmond vs le Gouvernement écossais

Alex Salmond a eu un mois de janvier très rempli: après avoir été poursuivi par le Gouvernement écossais (l’administration, pas les élus) pour comportement inapproprié contre deux femmes, qui sont restées anonymes, Salmond a toujours nié les faits et a, de son côté, poursuivi le Gouvernement pour défaut de procédure… Et il a gagné. Le Gouvernement écossais a lui même reconnu qu’il y avait eu des fautes et que sa procédure pouvait laisser entrevoir un manque d’objectivité. Salmond a fait très attention à ne pas apparaître triomphant devant les médias. Il a gagné cette procédure judiciaire, mais ça ne veut pas dire qu’il est innocent sur les faits qui lui sont reprochés.

Je m’en étais tenue à ça : le Gouvernement écossais a sérieusement failli et s’il y a des gens à pointer du doigt, ce sont les fonctionnaires en charge du dossier. Et puis c’est devenu très politique, et tous les regards se sont braqués sur l’actuelle First Minister, Nicola Sturgeon.

De l’affaire judiciaire au débat politique

La Première ministre, qui était, il fut un temps, très proche de Salmond, a déclaré qu’elle avait rencontré l’accusé à plusieurs reprises alors que l’enquête gouvernementale était en cours, dont une fois avec sa directrice de cabinet, à titre privé. Donc les échanges n’ont pas été enregistrés. Il est donc possible qu’elle ait violé le code de conduite ministériel. Elle a décidé de son propre chef de se référer pour une enquête indépendante sur ses agissements : on verra ce qui en sort.

L’autre difficulté est que l’unité légendaire du SNP commence à se fissurer. Comme je l’ai dit plus haut, Salmond et Sturgeon étaient un duo de rêve qui ont presque porté l’Ecosse vers l’indépendance alors que personne n’y croyait. Ils ont porté leur parti au plus haut en 2015, lorsque le SNP a remporté 56 des 59 sièges de députés écossais pour le Parlement britannique. Et puis Salmond est passé en arrière plan, et Sturgeon a imposé son style de gouvernement, plus posé, plus consensuel, plus patient. Cela lui est reproché par Salmond et une partie non négligeable de la base.

Sur le fond, tous les deux sont d’accord : ils se sont battus toute leur vie pour qu’un jour, l’Écosse soit indépendante. Mais Sturgeon n’est pas pressée du tout : elle estime qu’il faut faire les choses en temps et en heure, et dans les règles. Elle l’a dit très clairement au congrès du SNP en octobre 2018. Ça veut dire : pas de décision unilatérale de faire un référendum sur le modèle catalan, pas de référendum là tout de suite maintenant sans savoir à quoi ressemblera une Écosse indépendante, pas de référendum sans être certaine de le gagner. Là, si elle perd, ce sera sans doute la fin de sa carrière en tant que Première ministre, et la question de l’autodétermination va être enterrée pour un bon moment.

Salmond et ses soutiens sont plus impatients. L’ex Premier ministre a déclaré que le Brexit était une opportunité inespérée pour se séparer d’un Royaume-Uni sur le déclin, et que jamais l’alignement des planètes ne sera aussi favorable que maintenant. C’est cynique mais effectivement, j’ai entendu pas mal de gens dire qu’ils voteraient désormais pour l’indépendance de l’Écosse car dégoûtés du Brexit et de la manière dont c’est géré à Londres. Mais de l’autre côté, bien que les sondages montrent une remontée du soutien à l’autodétermination, ce n’est pas l’explosion attendue.

L’indépendance, pour quoi faire ?

Cette affaire judiciaire a donc abouti à mettre sur la place publique un débat interne au SNP : il avait été étouffé par la direction, et maintenant, impossible d’y échapper. L’indépendance quand, comment et pourquoi ? Quelles leçons tirer de 2014 ? À quoi ressemblera l’État d’Écosse ?

Nicola Sturgeon devait s’exprimer sur sa vision à l’automne. Puis avant fin 2018. La semaine dernière, elle a dit qu’elle attendait d’abord de voir comment les choses se décantaient du côté de Westminster avant de graver une décision dans le marbre, même si les députés britanniques décidaient de finalement repousser le Brexit (on en parle dans un prochain article).

Les affaires de Salmond vont-elles bousculer le calendrier ? Je n’en sais rien du tout, mais avec cette poursuite judiciaire, je le vois mal briefer la presse à longueur de journée pour discuter politique. Et Nicola Sturgeon, de son côté, n’aura pas le loisir ni le droit d’en parler, puisqu’elle est élue et qu’elle ne peut pas commenter une procédure en cours. Ce ne sera sûrement pas business as usual, mais la politique écossaise ne se figera pas pour autant.

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