Le Brexit aura-t-il lieu fin mars?

Mon truc préféré, dans l’interminable psychodrame du Brexit, c’est la foison d’images et comparaisons pour essayer de comprendre l’absurdité de la situation dans laquelle se sont mis les Britanniques. Ma préférée jusqu’à maintenant était celle utilisée par, entre autres, l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis: le Brexit, c’est comme regarder un accident de voiture au ralenti. Mais depuis hier, j’ai une nouvelle comparaison préférée: voter pour refuser de sortir de l’UE sans deal, c’est comme regarder le Titanic voter pour éloigner l’iceberg. C’est signé Sabine Weyand, la négociatrice adjointe de l’UE pour le Brexit, qui citait le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Also, clin d’œil à Angela Merkel qui a dit ce que nous pensons tous tout bas.

Cette remarque vient après que les députés ont voté hier soir pour rejeter un no deal Brexit à tout jamais, et cela après avoir rejeté, encore une fois, l’accord négocié pendant deux ans entre le gouvernement britannique et l’Union européenne. Concrètement, il y a eu deux votes: un sur un amendement, et un sur la motion du gouvernement britannique. C’était sensé être simple, mais comme tout en politique britannique, c’est devenu un bazar sans nom.

Refus d’un no deal en toute circonstance

La motion en question, déposée par la Première ministre Theresa May, stipulait qu’il ne fallait pas que le 29 mars 2019, le Royaume-Uni sorte de l’UE sans un accord (mais bon pourquoi pas plus tard). Certains députés, de plusieurs partis, ont trouvé que la formulation manquait de fermeté: ils ont alors décidé de déposer un amendement excluant dans tous les cas de figures un no deal Brexit. Il se trouve que cet amendement a été approuvé avec une très courte marge, au grand dam du gouvernement… qui a fini par ordonner à ses députés de voter contre sa propre motion, qui, parce qu’elle a été amendée, disait désormais qu’il ne fallait jamais au grand jamais sortir de l’UE à la dure.

Manifestation anti-Brexit à Londres en mars 2017 (source: Wikipedia)

Pour ajouter une couche de WTF, plusieurs ministres du gouvernement de May ont défié le whip (la discipline de parti) et se sont abstenus. On compte notamment le secrétaire d’Etat pour l’Ecosse David Mundell et la ministre du Travail Amber Rudd.

Le vote pour repousser le Brexit

Aujourd’hui, il y aura encore un vote: ce sera pour savoir si le Brexit doit être repoussé. La motion déposée par Theresa May, à lire dans l’order paper du jour, dit qu’elle a bien pris note des votes des 12 et 13 mars, mais elle prévient: si un deal (son deal, puisqu’elle campe sur ses positions) n’est pas ratifié d’ici le 20 mars, alors ce ne sera pas une extension jusqu’à fin juin 2019, mais une extension beaucoup plus longue qui forcera les Britanniques à participer aux élections européennes de mai 2019. Cela signifie donc tout d’abord qu’il risque d’y avoir un troisième meaningful vote la semaine prochaine, sur un deal qui n’aura pas bougé d’un iota, et qu’il va falloir convaincre l’UE d’accorder un report, avec une bonne raison. Par exemple: on a besoin de temps pour organiser un deuxième référendum / des élections générales.

Mais si c’est une extension en mode reculer pour mieux sauter, Bruxelles ne veut pas en entendre parler. #Ambiance.

Des reports ad vitam eternam ?

Personnellement, je place mes paris sur un report du Brexit jusqu’à fin juin… et je pense qu’il va falloir qu’ils se résolvent à organiser un vote, que ce soit pour réélire des députés, ou pour demander aux citoyens de choisir entre le deal de Theresa May (de facto, le Brexit, c’est celui que Theresa May a décidé. Il n’y en a pas d’autres de dispo) et rester dans l’UE. Quoiqu’il se passe, cela divisera le pays.

Cependant, il n’est pas impossible que les députés approuvent le deal de May au troisième coup. Pourquoi ? Parce que les Brexiters n’ont plus le choix: si le deal tombe définitivement à l’eau, alors le Brexit ne sera pas pour tout de suite. Il pourrait être beaucoup plus soft: le Royaume-Uni pourrait finir par adopter le modèle norvégien, c’est-à-dire être dans l’espace économique européen… mais cela veut dire accepter la liberté de circulation. Il pourrait même ne jamais avoir lieu: il suffit que les députés choisissent d’abroger l’article 50 et de rester dans l’UE.

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