Indépendance de l’Ecosse : c’est reparti

Mercredi dernier, la Première ministre Nicola Sturgeon a fait son update promis depuis si longtemps sur le Brexit et ses conséquences sur l’indépendance de l’Écosse. Lors d’une allocution au Parlement écossais, elle a déclaré que si le Royaume-Uni sort de l’Union européenne (c’était prévu le 29 mars, mais la date a été repoussée au 31 octobre), alors elle veut qu’un référendum d’indépendance ait lieu d’ici la fin de cette législature, donc d’ici mai 2021.

Estimant que le Brexit va endommager l’économie et la société écossaise sans que l’Écosse y ait consenti, elle a dit que la nation se retrouvait désormais face à deux choix: suivre le Royaume-Uni, ou tracer sa propre route, en devenant un pays indépendant membre de l’Union européenne.

L’opposition est, sans surprise contre: le consensus est résumé par le chef du Scottish Labour, Richard Leonard. Il estime que tout cela n’est qu’une distraction : il y a des problèmes bien plus urgents à régler, comme le financement de la santé, l’amélioration de l’éducation, la sécurité, l’emploi.

Et surtout, il estime que le SNP passe son temps à parler d’indépendance alors que tous les pouvoirs du Parlement et du gouvernement écossais ne sont pas pleinement utilisés. On pourra y revenir dans un prochain billet de blog, à l’occasion.

Ca s’organise comment, un référendum ?

Les conservateurs, de leur côté, dénoncent la « perte de temps » que seront les procédures législatives permettant d’arriver à l’organisation d’un second référendum.

Nicola Sturgeon a en effet annoncé que le Parlement écossais va tout faire pour que les différentes mesures qu’il doit prendre soient prises. Mais cela ne suffit pas à faire un référendum : le gouvernement britannique, à Londres, doit être d’accord.

Concrètement, le Parlement écossais doit faire appel à la « Section 30 » du Scotland Act de 1998 (la loi qui a permis la dévolution), à laquelle Londres doit répondre positivement pour avoir le droit d’organiser un référendum.

Bulletin de vote du référendum d’indépendance en 2014

Mais là où ça coince, c’est avec Theresa May : elle rejette catégoriquement un deuxième référendum d’indépendance. D’ailleurs, en mars 2017, le Parlement écossais avait déjà voté pour demander l’autorisation pour un deuxième vote. Il ne l’avait pas obtenu.

Pour la prochaine fois donc, Nicola Sturgeon dit qu’elle ne va pas perdre son énergie à batailler contre Theresa May et son gouvernement, qui a toutes les chances de tomber dans les prochaines semaines. En attendant qu’un futur gouvernement soit un peu plus réceptif, le Parlement écossais va avancer de son côté, et les militants indépendantistes vont convaincre les électeurs. Quand la popularité de l’indépendance sera prouvée, alors Londres n’aura plus d’autre choix que de céder.

Ca va ressembler à quoi, une Ecosse indépendante ?

Maintenant que le contexte est établi, passons aux choses sérieuses: quelle sera la stratégie ? A quoi va ressembler une Ecosse indépendante ?

Pour la Première ministre, le coeur de la campagne sera l’économie : en 2014, de nombreux électeurs étaient séduits par la perspective de devenir un vrai pays, mais craignaient d’y perdre au change. Le point faible de la campagne du Yes était la question de la monnaie, qui a été exploitée à fond par les unionistes. A l’époque, le Premier ministre Alex Salmond proposait une union monétaire avec le reste du Royaume-Uni pour permettre à l’Ecosse de garder la livre sterling.

Aujourd’hui, le consensus va vers la création d’une livre écossaise. La position de la direction du SNP collait avec celle étayée dans le rapport de la Growth commission (j’en parlais dans cet article). En bref, il s’agissait de créer une monnaie écossaise, mais seulement quand l’économie sera suffisamment stable et solide. Pour l’évaluer, il faudra que l’Ecosse remplisse six conditions extrêmement strictes.

Nouveau visuel de la campagne pro-indépendance

La motion défendant cette vision a été soumise au vote hier, lors du premier jour du congrès du SNP à Edimbourg. Le congrès sert à cela : voter la ligne officielle du parti. Et la démocratie interne a parlé : oui à une monnaie écossaise, mais le plus vite possible, sans nécessairement remplir ces six conditions. C’est un revers pour le leadership du SNP qui avait appelé les militants à accepter leur ligne telle quelle: mais au bout du bout, tout le monde est bien d’accord sur le fait qu’il faudra, plutôt rapidement, abandonner la livre sterling pour vraiment être indépendant.

L’indépendance à portée de main

Pour le reste, on verra dans les prochains mois. Nicola Sturgeon a prévenu les militants aujourd’hui : cette été, le parti sera en mode campagne à fond. Ils pourront partir optimistes : les derniers sondages montrent que 49% des Ecossais soutiennent l’indépendance.

Et c’est sans compter l’incroyable popularité dont jouit encore le SNP, après 12 ans au pouvoir en Ecosse.

On parlera de tout cela en détail lors du prochain épisode d’Ecosse Toujours. Si vous ne l’avez pas encore fait, abonnez-vous !

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