Boris Johnson prévoit de suspendre le Parlement avant le Brexit

Aujourd’hui, la politique britannique nous emmène dans un autre niveau d’hallucination. Le Premier ministre Boris Johnson a annoncé ce matin qu’il allait demander à la reine de suspendre le Parlement jusqu’à la mi-octobre.

Le tableau

Comme vous le savez déjà, le Royaume-Uni doit sortir de l’UE le 31 octobre 2019. Dans 64 jours donc. Depuis que Boris Johnson est devenu Premier ministre le mois dernier, les chances que le Brexit ait lieu sans accord de sortie ont fortement augmenté, puisqu’il ne veut pas d’extension pour trouver des solutions alternatives au backstop, et l’UE, de son côté, dit qu’il n’y a plus rien à négocier.

« Boris » par Raymond Wang

On est donc dans une impasse, et le no deal est, de loin, l’hypothèse la plus plausible. Pas plus tard qu’hier, l’opposition s’était mise d’accord sur une stratégie pour l’empêcher. Le plan était de faire voter une loi, la semaine prochaine, obligeant Johnson à demander une extension à l’UE si aucun deal n’est approuvé.

En clair : la rentrée parlementaire est le 3 septembre 2019. La suspension pourrait avoir lieu la semaine suivante. Et le Queen’s Speech, qui marque l’ouverture officielle de la session parlementaire, n’aura pas lieu avant le 14 octobre… Un peu plus de deux semaines avant le Brexit.

Le temps est compté

Cela pose problème à plein, plein de niveaux. Premièrement, c’est quand même un comble, dans une démocratie parlementaire, que le Parlement soit empêché de faire son travail, d’autant plus que les députés ne peuvent pas voter contre la suspension. Johnson assure qu’il y aura plein de temps pour discuter du Brexit, mais c’est faux : il savait bien que la saison des congrès des partis politique (conference season) de mi-septembre à mi-octobre avait toutes les chances de sauter, pour que les parlementaires siègent.

De plus, il doit y avoir 4-5 jours de débat après le Queen’s Speech. Enfin une suspension parlementaire ne dure généralement pas plus d’une semaine. Là, elle durera un mois…

La contre-attaque

C’est beaucoup de temps perdu. Par conséquent, il faudra peut-être sortir l’arme ultime : une motion de défiance, dès la semaine prochaine. C’était l’option préférée du leader du l’opposition, Jeremy Corbyn. Il voulait ensuite former une majorité, le temps d’organiser de nouvelles élections générales. Mais la nouvelle cheffe des Libéraux-démocrates, Jo Swinson, refuse que Corbyn occupe, même temporairement, le 10 Downing Street. La règle veut que si, après 14 jours, aucune majorité n’est formée, alors il doit y avoir des élections générales.

La reine peut-elle refuser ? Théoriquement, oui… sauf que forcer la reine à venir sur un terrain politique rajouterait de la crise à la crise. Normalement, le monarque est neutre : il ne peut, selon la tradition, prendre de décision qui modifierait la situation. Cela s’est vérifié aujourd’hui : la reine a donné son consentement à la suspension du Parlement.

Enfin, on attend aussi des nouvelles de la justice écossaise, où une action a été lancée il y a quelques semaines pour empêcher la suspension. Joanna Cherry, la députée SNP qui mène cette initiative, a confirmé aujourd’hui avoir fait le nécessaire pour qu’il y ait un jugement le plus vite possible.

J’espère que ce billet vous aura un peu éclairé ! Il y aura encore sans doute des rebondissements dans les prochains jours. N’hésitez pas à me suivre sur Twitter pour vous tenir au courant !

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