Elections générales: l’Ecosse va-t-elle avoir un nouveau référendum d’indépendance ?

Cette fois-ci, c’est la bonne: il y a toutes les chances que le Brexit se déroule le 31 janvier 2020, après la victoire écrasante du parti conservateur aux élections générales. Le vote travailliste s’étant effondré dans le centre et le nord de l’Angleterre particulièrement, les Tories, même en n’ayant pas vraiment progressé en terme de voix, ont réussi à récupérer plusieurs dizaines de bastions Labour. Le parti travailliste va devoir entamer un examen de conscience minutieux pour comprendre toutes les raisons de sa défaite, la pire depuis 1935 : est-ce le leader Jeremy Corbyn ? Est-ce le Brexit ? Les médias ? Le programme ? Ou tout ça ?

Les conservateurs ne sont pas les seuls gagnants

Boris Johnson, après avoir suspendu le Parlement pour tenter de forcer le Brexit, refusé un examen minutieux de son deal pour sortir de l’UE en déclenchant les élections, politisé une attaque terroriste qui a coûté la vie à deux jeunes gens à Londres, refusé des interviews pénibles alors que les autres leaders de parti s’y sont pliés tant bien que mal, est arrivé exactement là où il voulait arriver : au 10 Downing Street jusqu’en 2024, si tout va dans son sens.

Mais il a une épine dans le pied : il n’est pas le seul grand vainqueur. En Ecosse, le positionnement du SNP mené par Nicola Sturgeon a porté ses fruits : le parti indépendantiste, au pouvoir en Ecosse depuis maintenant 12 ans, est passé de 35 à 48 sièges sur les 59 que compte la nation. Le programme était on ne peut plus clair : un vote pour le SNP est un vote contre le Brexit et pour que les Ecossais s’offrent l’option de quitter le Royaume-Uni lors d’un nouveau référendum contre l’indépendance fin 2020. Certes, tous les électeurs qui ont mis un bulletin SNP dans l’urne jeudi dernier ne sont pas des fervents soutiens de l’indépendance: le vote tactique contre les conservateurs a évidemment joué, et il se trouve que factuellement , le parti pro-européen qui était immédiatement derrière les conservateurs dans les circonscriptions qu’ils tenaient était le SNP.

Conférence de presse de Nicola Sturgeon le 13 décembre 2019 à Edimbourg

Résultat des courses: les Scottish Tories n’ont plus de 6 sièges au lieu de 13, le Scottish Labour n’a plus qu’un député en la personne de Ian Murray à Edimbourg, et les Lib-Dems gardent leur 4 députés. La proportion des votes travaillistes a chuté de 8.5 points par rapport aux élections générales de 2017, celle des conservateurs de 3.5 points, tandis que le SNP prend 8.1 points, représentant 45% de l’électorat écossais.

A titre de comparaison, les conservateurs représentent 43.6% de l’électorat du Royaume-Uni (et n’ont pris qu’1 petit point en proportion de votes), et 47.2% de l’électorat en Angleterre.

Indyref2 est-il légitime ?

On se trouve donc dans la situation délicate où on a, d’un côté, le SNP qui exige le transfert des pouvoirs de Londres à Edimbourg pour indyref2, et de l’autre un parti conservateur qui estime que tout cela est une gesticulation inutile, car les Ecossais se sont prononcés sur l’indépendance il y a à peine 5 ans, et qu’il est temps de mettre les chamailleries constitutionnelles derrière nous. C’est vrai que les gens sont fatigués de tous ces débats.

Cependant, argue le SNP, les gens savaient très bien pour quoi ils votaient en votant SNP. Donc, en toute logique, Nicola Sturgeon, en cheffe d’un parti qui a été élu sur une ligne claire, a toute la légitimité pour demander un deuxième référendum sur l’indépendance. D’autant plus que les conservateurs écossais ont également été très clairs sur ce qu’ils voulaient: empêcher ce référendum. Sauf qu’ils ont perdu.

Pour Sturgeon et ses alliés, il n’y a pas à chercher plus loin que cela: si Boris Johnson bloque ce référendum, ce sera une perversion de la démocratie. C’est un peu comme si vous vous retrouviez dans une relation à laquelle vous aviez dit OK il y a 5 ans, mais dans laquelle vous vous retrouvez bloquée parce que votre partenaire estime que vous pourrez légitimement vous prononcer à nouveau qu’en 2040.

Au Labour, la ligne pour les élections était claire: pas de référendum en 2020, car le mandat pour en organiser un doit venir du Parlement écossais, donc des prochaines élections prévues au printemps 2021. Si une majorité indépendantiste se dégage des élections à Holyrood, alors dans ce cas, il sera impossible et illégitime de s’opposer à un nouveau référendum. Cependant, avec la défaite cuisante subie par le Scottish Labour jeudi dernier, un certain nombre de figures importantes du parti estiment qu’il serait temps de revoir cette position, tout en restant opposées à l’indépendance de l’Ecosse.

Richard Leonard, leader du Scottish Labour, à Glasgow le 11 décembre 2019

« Respecter le vote »

En fait, le principal reproche que l’on fait au SNP et à ceux qui demandent indyref2 est de ne pas respecter le vote des gens en 2014 et en 2016. Pour le cas de 2016, le contre-argument est très simple: les Ecossais n’ont pas voté pour le Brexit, donc dire qu’il faut respecter un vote démocratique ne veut pas dire grand chose de ce côté du Royaume-Uni. Et pour le référendum de 2014, j’écrivais dans cet article publié sur Slate.fr à l’occasion des élections générales de 2015: « Nicola Sturgeon a très clairement dit que l’élection du 7 mai n’avait rien à voir avec l’indépendance et qu’elle n’avait aucune intention d’organiser un second référendum dans le futur proche, à moins que des circonstances exceptionnelles ne le commandent, comme une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, à laquelle une majorité d’Ecossais sont opposés. »

D’où ma question sincère: est-ce qu’on parlerait encore de tout cela si le Brexit s’était passé très différemment? Et par différemment je veux dire si, dès le début, il y avait eu une main tendue des gagnants aux perdants. Certes, la majorité des Britanniques ont voté pour sortir de l’UE, personne ne peut le nier, et arrêtons de dire que les gens qui ont voté pour le Brexit ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Clairement, les élections de jeudi prouvent qu’il y a toujours un appétit pour le Brexit. Cependant, le Brexit n’est-il pas un projet national, qui aurait nécessité non pas des batailles idéologiques et de postures sans fin, comme si c’était n’importe quelle autre politique qui pourrait être annulée par un autre gouvernement ? Personnellement, je ne crois que l’indépendance serait un débat si pressant (ou en tout cas pour une infime minorité de personnes) si les Ecossais se disaient: oui, nous nous reconnaissons dans le Brexit, nous partageons ce projet parce que nous y avons mis notre marque.

C’est un peu tard pour y réfléchir maintenant ! Mais ce sont juste quelques pistes de réflexion pour y voir un peu plus clair dans les enjeux des prochains mois pour l’Ecosse, indépendamment du fait d’être pour ou contre l’indépendance. A ce stade-là, ce n’est même pas encore le débat.

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One thought on “Elections générales: l’Ecosse va-t-elle avoir un nouveau référendum d’indépendance ?

  1. Effectivement, si Londres avait associé l’Ecosse (mais pas seulement) dans les négociations avec l’UE, on ne parlerait pas d’un second référendum ! Seulement les Tories ont fait comme si l’avis des écossais comptaient pour du beurre !

    Après, les gens savaient très bien qu’en votant SNP, ils votaient pour un parti qui veut faire de l’Ecosse un état indépendant ! Autrement, ils auraient voté Labour ou Lib-dems !

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